Histoire d’une boite d’allumettes

 

Les allumettes était un sujet que l’on m’avait donné et sur lequel je devais écrire quatre pages et on m’avait bien fait comprendre que je n’y arriverais surement pas.

Est-ce ce défi qui m’a poussé à prouver le contraire ? ………

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HISTOIRE D’UNE BOITE D’ALLUMETTES

Lorsqu’elles s’étaient réveillées elles ne savaient pas trop où elles se trouvaient, ni depuis combien de temps. Il faisait très noir et aucun bruit, aucune odeur ne leur permettait de se situer. Elles s’étaient souvenues pourtant avoir troné un  certain temps dans la vitrine d’un magasin devant lequel passaient énormément de gens.déplacées plusieurs fois au cours de leur existence, elles avaient découvert à chaque fois, un morceau du décor de leur habitation  provisoire.Une féérie de couleurs et de bruit les avaient tenues éveillées tard jusque dans la nuit après quoi, quelques heures de repos leur avaient été octroyées ;puis, à nouveau, les allées et venues, toutes semblables et pourtant si différentes, remplissaient leur nouvelle journée.

 

Elles se savaient jolies et admirées, car leur enveloppe, c’est-à-dire leur maison, était recouverte d’une jolie publicité qui attirait les regards. Un seul point noir dans tout ceci : Chacune de ces allumettes, dans le secret de son cœur, s’était demandé quel était son destin ? Que devient- on après avoir été exposé ainsi en vitrine ? Dès la naissance elles avaient su que leur rôle consistait à donner de la chaleur, bien souvent de la joie et parfois de la peine mais elles ne savaient pas dans quelles conditions tout ceci se passait.

 

Il y a de cela un certain temps, un pouce et un index velus et mal soignés

 avaient heurté la boite pour en prendre une autre placée un peu plus loin, une de ces grosses boites dites « familiales » et qui n’ont rien a voir avec l’élégante dont nous contons l’histoire. Très vite, une jolie main soigneusement manucurée l’avait  remise à sa place et la quiétude avait fait place au vent de panique qui venait de souffler.

 

Enfin un jour et il ne devait pas y avoir bien longtemps de cela, un homme distingué était entré dans le magasin. La douce main avait pris la boîte, l’avait caressée une dernière fois puis, l’avait tendue à l’homme qui l’avait mise aussitôt dans sa poche.

 

 

 

Dehors, le bruit était intense et la démarche de l’homme saccadée. A un certain moment, il avait semblé monter des marches. Un bruit de clés dans la serrure avait fait comprendre que la fin du voyage approchait. L’homme s’était assis lourdement et avait  failli écraser la boite. Plongeant sa main dans son veston, il l’avait sortie d’une de ses poches et l’avait posée sur un bureau très simple, sur lequel s’entassait une foule de papiers. Puis il avait ouvert la boite. Une des allumettes avait été  attrapée, frottée sur une plaque rugueuse et avait rempli son office avant d’avoir compris à quoi elle avait servi. Plusieurs de ses sœurs avaient subi ce soir la le même sort, puis la boite toute entière avait été jetée dans un tiroir et c’est probablement là qu’elle se trouvait quand ce récit commence.

 

Il semblait pourtant aux survivantes qu’un temps infini s’était  écoulé depuis leur arrivée.Elles se souvenaient encore que, tard dans la nuit, l’homme avait quitté son bureau,des pas lourds s’étaient éloignés, pour se perdre dans le temps et qu’il n’était jamais revenu

 

 

 

Une clef vient d’être introduite dans la serrure de la porte d’entrée, elles en sont sûres ! De grosses chaussures martèlent le sol. Non !ce n’est pas un rêve, des hommes pénètrent dans la pièce, ils parlent fort, l’un d’entre eux qui semble être le chef donne des ordres et la valse commence. Le bureau est soulevé de terre, il oscille à droite …à gauche……et semble avoir trouvé son équilibre.

Dans le tiroir , la boite, elle aussi, danse non pas un ballet mais une bourrée endiablée, elle se cogne en haut, en bas ; la voilà maintenant coincée au fond du tiroir. Malgré tout ce tumulte, elle se rend compte qu’on lui fait accomplir, à l’envers, le chemin parcouru dans la poche de l’homme. En effet, on descend l’escalier, puis quelques pas sont faits et ensuite on se retrouve dehors. Alors, le bureau s’élève et retombe bruyamment sur ce qui semble être un plancher ; Très vite, quelque chose est posée sur lui, puis autre chose encore, le tout sans tendresse et accompagné de cris et de vociférations.

 

Un moteur se met en marche et là, elle comprend : elle subit un déménagement ; elle se trouve dans un camion, tous les meubles entassés les uns sur les autres et le voyage commence .

 

Combien de temps dura-t-il ce voyage ? nul ne saurait le dire. Il fut très long et très pénible ; d’ailleurs tout le monde se plaignait : une chaise perdit un pied et son cri indiqua à quel point elle souffrait. La table étouffait littéralement sous le tas d’objets posés sur elle. Les ressorts du lit grinçaient de douleur et menaçaient de céder à chaque tour de roue. Même le moteur qui chantait en partant, haletait maintenant.

 

Les freins grincent ……. Les roues patinent………. Serait-on arrivé enfin ou est-ce encore une halte ? non ! les hommes descendent, les portes s’ouvrent et un vent froid s’engouffre dans le camion. La même comédie recommence, on est élevé, abaissé, transporté, heurté.

 

On doit être très loin de la ville car, à part le bruit fait par les hommes, tout n’est que silence. Un silence glacé. Le bureau le premier commente ce qu’il voit : la neige partout, la montagne tout autour et au fond, une sorte de chalet qui semble abandonné. C’est là qu’on les conduits.

 

Chacun se remet, comme il peut  de ses émotions, tout étonné de ce silence car depuis que les hommes sont repartis, tout est calme, hormis le vent qui souffle à pierre fendre et s’engouffre dans le logis par les fissures que le temps a creusées.

 

Des mois vont passer, mois de calme, de froidure et de tristesse. Tous les meubles qui sont là ont été abandonnés et si quelqu’un entrait brusquement, cette humidité qu’il découvrirait çà et là, c’est autant de larmes que les meubles ont versées.

 

Notre boite d’allumettes est la moins malheureusement car le bureau solide la protège du froid. Mais il est triste de savoir qu’on est là pour donner la lumière et la chaleur et qu’on se meurt doucement de peur et de froid.

 

Parfois, un drôle de bruit troue le silence. On dirait un moteur très haut dans le ciel. Existe-t-il des engins qui volent ? on en parle mais…. est-ce vrai ?  et quel est donc ce bruit qui vient juste après le passage du soi-disant « avion » ? une explosion qui fait trembler les murs et les montagnes qui retiennent ce bruit «    plus personne ne nous parle dit le lit, nous ne sommes plus au courant de rien mais moi qui suis vieux, je peux vous dire que j’ai déjà connu cela, ça s’appelle « guerre » et c’est terrible » .

 

Une nuit plus froide que les autres, un gémissement fut perçu tout près de la porte. Est-ce une hallucination collective ? non ! une autre plainte a été entendue, quelque chose de lourd s’appuie contre la porte. Celle-ci résiste de toutes ses forces mais il lui en reste si peu qu’elle finit par s’ouvrir pour laisser place à ……… un fantôme. Cette forme qui remue à peine, couverte de neige et de givre et dont seule la bouche semble vivre puisqu’il s’en dégage un peu de fumée, est là , plantée sur le pas de la porte et promène alentours un regard d’aveugle.

 

Chaque élément de la pièce est saisi d’horreur devant ce spectre et pourtant, malgré la panique qui gagne chacun d’eux, il se dégage de l’homme  quelque chose de familier, quelque chose de « dejà vu ».

 

L’homme fait quelques pas, se secoue, ses yeux se mettent à vivre ; il regarde intensément chaque coin, chaque chose et une sorte de sourire nait sur ses lèvres blêmes.Un grand soupir sort de sa poitrine. Il referme la porte, ôte son manteau et va ça et là, posant sa main sur une chaise, caressant le lit. Quand il aperçoit le bureau, son regard s’attendrit, il ouvre les tiroirs les uns après les autres et quand il découvre la boite d’allumettes, c’est presque pieusement qu’il la prend dans ses doigts gourds, Il regarde l’âtre éteint depuis longtemps, il cherche quelque chose et son regard s’arrête sur le tas de fagots qui dort depuis des ans.

 

Grâce au bon feu de bois qui éclaire l’intérieur, c’est la joie et la chaleur qui viennent d’entrer. Les meubles craquent et s’étirent, l’homme se sent mieux, il se sent revivre.

 

Cet homme qui est-il ? un être humain comme les autres et la guerre en a  fait un homme traqué. Poursuivi par les envahisseurs, connaissant trop de secrets, il a dû fuir la ville et ses dernières forces l’ont conduit jusqu’à ce chalet, son chalet, celui de ses ancêtres.

 

Quant à la boite d’allumettes luxueuse ou simple, achetée voici bien longtemps, et jetée dans un tiroir sans faire attention, c’est elle qui a permis que la lumière soit, les nuits les plus sombres, que la chaleur soit , les nuits les plus froides, que l’eau chante dans la bouilloire, que l’odeur du café imprègne toute la pièce.

 

Bien des années ont passé depuis ces événements mais si vous allez un jour dans ce coin de montagne, vous reconnaitrez facilement ce chalet car au-dessus de la cheminée, trône en son milieu une boite d’allumettes qui semble achetée de la veille tant elle paraît neuve. A l’intérieur, deux allumettes seulement. Elles ont tout vu, elles savent tout. Pourquoi deux ?parce que témoins de choses vécues et très vieilles à présent, si la mémoire  de l’une défaille, l’autre est là pour se souvenir.

Yaël

 

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