Le calvaire des chevaux de course

Gerard Baïle a partagé la publication de Morgane Bethelot.

 

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« Il y a peu, je me suis rendue dans une écurie de course, pour le travail. Un collègue, sachant que j’aime les chevaux, m’a évidemment proposé de me faire faire le tour et de m’emmener voir les entraînements. Difficile dans ce genre de cas de répondre « Tu sais, les courses, ça me fait plutôt vomir qu’autre chose ». Et puis, l’ouverture d’esprit, c’est important. Alors, j’y suis allée. Et j’ai vu.

 

La visite a commencé par la présentation d’un champion. Trois boxes alignés, l’un d’eux abritant un grand cheval bai, au regard éteint. Le champion, c’était lui. Il avait tout gagné, apporté la gloire et l’argent à ses propriétaires. Et les gens venaient l’admirer, du haut de ses 27 printemps, il était présenté comme l’exemple qu’un cheval de course peut vivre vieux et en bonne santé. Vieux, c’est un fait. Mais je n’ai rien du de bon chez ce cheval qui fixait sur moi son regard vide, fouillant ma main à la recherche d’un éventuel bonbon, tentant régulièrement de me mordre. Plus de vingts ans de prison, à ne sortir de sa boîte que pour aller galoper sur les pistes environnantes, avaient fait de ce champion une coquille vide, blasée et attendant la fin.

 

Le cheval d’à coté, un bel alezan, n’avait pas encore atteint cet état. Il s’agitait, balançant la tête de droite à gauche, bavant et sortant la langue, tentant de mordre lorsque je m’approchais. Les oreilles en arrière, l’œil blanc, il hurlait sa souffrance au monde, et personne ne semblait l’entendre. Enfin, dans le dernier boxe, une jolie grisette était entrain de se faire harnacher. Son cavalier nous explique brièvement « Faut qu’elle s’entraîne, on a payé ça une fortune, et ça avance pas ». J’ai regardé le « ça », son œil qui me fixait pendant qu’on lui installait un mors douteux dans la bouche. Et je me suis dit qu’avançant ou non, cet être vivant avait l’air de tout sauf d’une chose. Puis nous sommes partis.

 

La visite a continué. Nous sommes passé devant des écuries sans un brin d’herbe, abritant plus de deux cents chevaux. Quand j’ai posé la question de la présence de prés dans les environs, on m’a répondu qu’on ne pouvait mettre au pré des chevaux de cette valeur, le risque qu’ils se blessent étant trop grand. « Ils ont le marcheur après tout, et ils sortent chaque jour pour aller galoper dehors, c’est suffisant ». Oui, pour un animal fait pour marcher plusieurs dizaines de km par jour, j’imagine qu’une demie heure de marcheur et une sortie d’une heure et demi est suffisant dans la tête des gens qui pensent qu’un cheval s’apparente à une moto. Mon déjeuner, bien loger au fond de mon estomac, commençait sérieusement à exprimer sa volonté de remonter mon œsophage.

L’étape suivante, c’était la cerise sur le gâteau, l’apothéose. Nous sommes allés voir les chevaux à l’entrainement sur les pistes en sable. Pendant une demi heure, j’ai pu assister à un magnifique défilé de bagnards valant entre deux cent mille et un million d’euros. Je regardais ces gens rire en cravachant leurs chevaux parce qu’ils avaient eu peur d’un autre, d’une feuille sur le bord de la piste. Ou simplement parce qu’ils cherchaient à s’exprimer un peu, comme un être vivant. Je les entendais « Oui, celui la est con de toute façon, il a peur de tout ». Au risque de surprendre, c’est normal d’avoir peur de tout ce qu’il y a dehors quand on vit dans une boite. Mais passons.

 

Je les regardais passer à vive allure, m’étonnant de voir un groupe tout entier uniquement en mors simple, les autres ayant toujours quelques chevaux en releveur, ou autre. La, uniquement des martingales, fixes ou à anneaux. Sur des chevaux formés, auxquels j’aurais donné quatre ou cinq ans. Le chef de piste se tourne alors vers moi et me montre l’un des chevaux du groupe, passant au galop de course devant nous « Tu le vois celui la, il vaut près d’un million d’euros, c’est pas mal à deux ans pas vrai? »…Les mots sont sortis de mes lèvres sans que je puisse les retenir « Deux ans? » « Oui, ce ne sont que des deux ans ceux la. C’est plus comme avant maintenant, avant à cet âge la ils n’avaient même pas encore vu la grande piste, maintenant ils maîtrisent beaucoup plus de choses ».

 

Deux ans…Ou plutôt un an et demi environ si on omet cette très confortable manie de penser que tous les chevaux prennent réellement un an le premier janvier. J’ai vite repensé à ces gens bossant dans des écuries de course, qui m’avaient soutenu que les choses évoluent dans le monde des courses. Ce gars la voit passer devant lui plus de 700 chevaux par jour et connais toutes les écuries. Vu ce qu’il m’a expliqué, à moi pauvre petite cavalière lambda qu’il a pris pour une ignorante, j’ai pu mesurer l’ampleur de cette évolution. « T’aimerais bien galoper sur un cheval comme ca pas vrai, une vraie formule 1! ». Merci grand maître, c’est ce que je fais chaque fois que je monte ma jument. Elle vaut pas un million d’euros elle, elle courait pas assez bien, alors vous l’auriez transformée en croquette sans aucun scrupule si quelqu’un ne l’avait pas récupérée. Tu peux ranger tes grands airs, parce que la, le mépris doit transpirer de chaque pore de ma peau. A ce moment, nous sommes repartis, pour aller finir ce que nous avions à faire.

 

En fin de journée, les participants se sont regroupés devant les trois boxes que j’avais déjà visité le matin. Une nouvelle fois, moi qui n’avais pas vu de prés des chevaux enfermés h24 depuis des années, j’ai senti mon estomac faire quelques nœuds. Un des participants a voulu caresser l’alezan. Il est arrivé franchement et sans demander le moindre avis à ce cheval qui l’accueillait les oreilles couchées et les lèvres en avant, il a commencé à lui frictionner la tête. Ca n’a duré qu’une seconde; avant que les dents ne claquent juste à coté du bras de l’imprudent. Grands éclats de rire, « C’est une sacrée carne celui la ».

Non. Non. ET NON. C’est un cheval malheureux, prisonnier, souffrant sans aucun doute d’ulcères poussés et non soignés. C’est un animal fabuleux transformé en bête haineuse envers ces humains qui disent l’aimer et qui lui impose chaque jour un calvaire qu’ils appellent luxe. C’est une scène triste à pleurer, à vomir. Je me suis tournée vers la petite grisette. Je lui ai demandé si je pouvais la caresser. Elle a accepté. Pendant que mes doigts grattaient son encolure et que son nez me rendait la pareille, je lui ai dit combien j’étais désolée pour elle. Combien leur sort à eux tous me révoltait. Et combien j’étais en colère de voir que devant ce spectacle affligeant de maltraitance banalisée, un seul humain dans l’assemblée était capable de voir ce que qu’ils vivaient. Et quelle consolation pour ces chevaux, puisque le voyant ou non, je ne pouvais rien faire de concret pour eux. On m’a appelée pour aller prendre un pot, après une dernière gratouille, je suis partie.

 

Deux gars qui bossaient la nous ont offert à boire, pour la fin de la journée. Les discours ont été bons train, et mes oreilles ont saigné. « A non mais attend, ces chevaux la ce sont de vrais engins, tu ne peux pas mettre n’importe qui dessus, et certains sont vicieux. J’ai connu un gars qui montait depuis 20 ans ne plus savoir tenir sur un cheval quand il a voulu monter un pur sang de course, c’est pas donné à n’importe qui. » En dehors de ma formule 1 cassée et réparée, j’en ai monté des chevaux de course. Je riais jaune à l’intérieur de les voir se faire mousser de cette façon, alors qu’ils ne font que tenir sur des chevaux assez gentils pour ne pas les foutre par terre, rendus hyper nerveux par une vie confinée qui rendrait dingue n’importe quel animal vivant, nous compris. Quel prestige mes enfants…

 

A ensuite été abordé le cas d’un cheval qui, la veille, a osé refuser de rentrer dans les starting block. Quelle honte qu’un animal claustrophobe, hyper stressé, ait osé bougé et faire tomber son bien aimé jockey avant de prendre la poudre d’escampette. « Une vraie carne celui la aussi ». J’ai été désolée pour ce cheval, dont la tentative vaine d’échapper à ce qu’on lui impose fait tout de suite de lui « une sale carne ». J’ai été malade. Et j’étais seule. Seule à comprendre que ce cheval n’était pas une sale carne, que les seuls à devoir être qualifiés de sale carne sont ces gens qui sous couvert de luxe et de bonne intentions venimeuses lui imposent le calvaire auquel il a osé essayé d’échapper. Et je ne pouvais rien faire. Et le soir, en rentrant chez moi, j’étais toujours aussi malade de ce monde, dans une ville qui ose se proclamer capitale du cheval. »
Morgane Bethelot

 

 

Deanna Martin est bien connue dans la PA pour être une spécialiste des animaux sauvés mais surtout des chevaux.

Quand je lui ai transmis le texte ci-dessus, elle m’a demandé de bien vouloir  faire figurer son témoignage en commentaire ce que je m’empresse de faire car j’ai une confiance totale en elle.

 

Témoignage de Deanna de Appa-équidés :  https://www.facebook.com/AppaEquidesAssociation?notif_t=page_new_likes

Le milieu des courses…..

C’est abominable….Déja, les faire courir si jeunes est une

catastrophe, ils n’ont pas terminé leur croissance osseuse,

encore beaucoup en cartilage ! d’où beaucoup de « casse » …

Sur un centre d’entraînement,j’ai entendu les responsables

dire : « cette année,beaucoup de casse! » ,c’est dire le cynisme….

 

Niveau courses attelés,c’est encore pire ! D’où un énorme

pourcentage part « à la casse »,galop ou attelés,donc à la boucherie !

 

Quant à l’enfermement presque toute la journée, c’est équivalent

à maltraitance, le cheval est un animal de groupe, être seul pour

eux est une tragédie qui modifie leur comportement, ça peut

aller jusqu’à une forme d’autisme..Dans le centre dont je parlais,

ils étaient même dans le noir, volet du haut fermé !!

NB : bien des pays interdisent l’entraînement avant l’âge de

5 ans(ossature terminée).

C’est une véritable industrie à pognon,où l’état se remplit

les poches, d’où on ne peut espérer que ça change, il faut remplir

les caisses de l’état !!  c’est du cynisme et comme la plupart des

animaux domestiques, le cheval est un vulgaire objet…..

Quand on connaît l’extrême sensibilité des chevaux, c’est un

vrai crève-coeur….

Deanna Martin

 

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2 réflexions sur “Le calvaire des chevaux de course

  1. Malheureusement, ce type de comportement se retrouve également dans d’autres disciplines … j’ai entendu les même commentaires pour des chevaux d’obstacles. Je me sens toujours démunie dans ces mondes où l’argent règne. Comment faire comprendre que le bien-être d’un animal vaut plus qu’un million d’euros ?

    voici mon blog si tu veux y faire un tour, j’essaie de mettre des articles qui font réfléchir sur nos comportements 🙂
    https://protectmyworld.wordpress.com/

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