Et les poissons alors !

000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000014682161_1704751633168978_2853998083298623683_o

« Les poissons sont très différents de nous et suscitent moins d’empathie que les mammifères. Ils vivent dans l’eau, n’ont pas d’expression faciale ou de cri audible par l’oreille humaine. Ils sont aussi les victimes d’une conception périmée de l’échelle de l’évolution, selon laquelle ils sont les plus primitifs des vertébrés (conception absurde puisque tous les êtres vivants sur Terre ont un arbre généalogique de 3,5 milliards d’années et sont donc tous aussi évolués). On les imagine peu ou pas sensibles, dépourvus d’intelligence ou de mémoire, ne réagissant que par instinct.

C’est pourquoi nous n’accordons pas la même considération morale aux poissons qu’aux animaux à sang chaud. La législation protégeant les poissons est beaucoup moins contraignante que celle protégeant les mammifères et les oiseaux d’élevage . De même, certaines personnes boycottent la viande pour des raisons éthiques mais continuent de manger du poisson.

Pourtant, la recherche éthologique, notamment ces 15 dernières années, nous a montré qu’il n’y avait plus lieu de faire une différence nette entre les poissons et les animaux à sang chaud. En voici un aperçu.
Comme les autres vertébrés, les poissons possèdent des nerfs sensitifs et perçoivent la douleur. Une expérience désormais classique le montre . On injecte dans la lèvre de truites une substance douloureuse (venin d’abeille ou vinaigre blanc) ou un placebo (liquide physiologique). Par rapport au groupe placebo, les truites ayant reçu la substance douloureuse sont plus agitées, se désintéressent à la nourriture, compressent parfois leur lèvre contre la vitre de l’aquarium. Si, par contre, on administre de la morphine aux truites, on n’observe plus de différence entre les deux groupes.
Les truites sont normalement craintives face à un nouvel objet. Quand, pendant l’injection, on place une tour en lego dans leur aquarium, les truites endolories, à leur retour, ne cherchent guère à l’éviter, au contraire des truites sous placebo. Cela montre que leur attention portée à leur environnement est perturbée par la douleur. Autrement dit, les truites ressentent consciemment la douleur.
Les truites éprouvent diverses émotions. S’il y a une truite dans l’aquarium adjacent au leur, les truites s’approchent de la vitre, car ce sont des animaux sociaux. Si l’on fait circuler devant la vitre un courant électrique suffisamment fort pour être désagréable (sans être franchement douloureux), les truites bravent l’inconfort pour profiter de la compagnie de leur congénère. Les poissons rouges, qui sont moins sociaux, préfèrent dans cette même situation rester dans la partie confortable de leur aquarium .
Contrairement à la légende, les poissons rouges , et les poissons en général, ont une mémoire à long terme. Une carpe blessée par un hameçon s’en souvient encore un an plus tard et l’évite . Des expériences menées en aquarium montrent que les poissons arc-en-ciel se souviennent de leurs apprentissages au moins pendant 11 mois (l’expérience n’a pas duré plus longtemps). La mémoire des poissons a parfois de quoi étonner.

Les saumons, par exemple, retournent pondre dans leur rivière d’origine, fut-elle distante de plusieurs centaines de kilomètres, et ce plusieurs années après l’avoir quittée. Ils se repèrent principalement à l’odeur, car chaque rivière a un goût et un parfum unique .
Un exemple frappant de mémoire visuelle est celui des gobies . Ces poissons vivent en zone côtière, dans des petits bassins qui se forment à marée basse dans les rochers. Lorsqu’un oiseau essaye de les manger, les gobies sautent d’une mare à une autre, sans s’écraser contre la roche. Comment font-ils, sachant qu’ils ne peuvent voir les autres mares ? En fait, ils mémorisent la topographie des lieux pendant la marée haute, voient où se trouvent les creux et en déduisent la position des flaques à marée basse. Une expérience dans un bassin artificiel a montré qu’il leur suffit d’une seule session à marée haute pour mémoriser la topographie du bassin .

D’autres expériences consistant à déplacer des poissons sauvages montrent qu’ils retrouvent leur chemin sur une distance dépassant les 20 km , et ce, même après plusieurs mois de captivité.

Mémoire des événements
Si on les nourrit à une heure particulière dans un coin particulier de leur aquarium, certains poissons, comme l’omble chevalier ou le méné jaune , s’y rendent à l’heure du repas. Ces constatations sont corroborées par des observations en milieu naturel. Les pomacentridés, des poissons planctonophages, se concentrent sur les zones riches en plancton et ne revisitent pas tout de suite les zones exploitées; ils attendent que le plancton repousse .

Autre exemple, les proies évitent certains endroits à certains moments de la journée, moment où des prédateurs s’y trouvent. Donc elles lient certains souvenirs (rencontre avec tel prédateur) à un lieu particulier et à un moment particulier, et agissent en fonction de ces informations. »

Pierre Sigler https://www.asso-pea.ch/fr/pourquoi/ethologie/intelligence-des-poissons/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s