Les zoos

« Les zoos ne m’inspirent pas un sentiment « d’admiration et d’émerveillement ». Ils m’inspirent un sentiment de solitude et de profond chagrin.
Je ne vois aucune admiration ni aucun émerveillement sur les visages des autres clients des zoos. J’entends des enfants rire des animaux. Non pas « le doux son des rires d’enfants » dont on lit si souvent la description dans de mauvais poèmes, mais le rire moqueur de la cour d’école, le rire de la malchance de l’autre, le rire qui donne de la voix au même mépris qui se manifeste dans les titres désinvoltes des journaux et dans les blagues des magazines comme Jogging Man.
Je vois des mères avec leurs jeunes enfants, riant avec eux en montrant du doigt ces animaux stupides, se moquant du gros orang-outang, se moquant du loup qui fait les cents pas, faisant des grimaces effrayantes au serpent, ignorant l’ours qui fait les cents pas, se moquant du fourmilier qui fait des allers-retours et des allers-retours toujours et encore. Et ces femmes avec leurs poussettes, avec leurs jeunes enfants qui chouinent pour de la barbe-à-papa, qui chouinent pour avoir des ours en peluche, ne s’arrêtent jamais de marcher, ne s’arrêtent jamais de parler, ne s’arrêtent jamais de pointer du doigt et de rire. Ils pénètrent le pavillon des singes. Ils hurlent sur ces idiots de singes, ces chimpanzés stupides qui se mettent les doigts dans le nez et qui regardent fixement les femmes et les enfants, à travers la vitre. Les enfants rient et tapent sur la vitre. Ils se collent tout près, et dévisagent à leur tour l’animal de l’autre côté. Lui font des grimaces. Puis se détournent. J’entends les mères hurler, à nouveau, et dire: « oh, regarde, le singe fait une petite crotte! » Je ferme les yeux, et me retrouve une fois de plus agrippé à la rambarde. Les enfants rient et hurlent. Les mères aux voix stridentes disent une fois de plus, « oh, regarde, le singe étale sa petite crotte sur la vitre ». Les femmes et les enfants rient et hurlent. Je pense, « ne sais-tu pas ce que ce chimpanzé vient juste de te dire? Es-tu tellement déconnectée que tu ne remarques même pas lorsque tu as été insultée? » Que sont en train d’apprendre ces femmes et ces enfants? Quel « admiration et émerveillement » permettent-ils aux animaux d’inspirer?

Croke continue, et nous dit du but des zoos qu’il est « de nous apprendre cette place de l’animal dans le cosmos et de mettre en lumière la toile enchevêtrée et fragile de la vie qui le nourrit ». Cela n’a pas de sens. Les zoos nous apprennent que la place d’un hippopotame est dans une piscine de béton remplie de merde, que celle d’un singe est derrière une fenêtre vitrée, pour qu’il ne puisse pas vous balancer sa merde au visage — ce qu’il adorerait certainement faire à ce stade — et que la place d’un grizzly est dans un « habitat » de 900 mètres carrés. Comment un zoo peut-il nous apprendre la place d’un animal dans le cosmos, quand la présence même de cette créature dans un zoo implique qu’elle ou ses aïeux aient été retirés de force de cette place légitime. Et comment un zoo peut-il illuminer une toile enchevêtrée et fragile, lorsque toutes les parties la composant sont séparées et mises en cage ? La toile est faite des relations entre les différents animaux, plantes, sols et climats, et ne peut être simulée dans une boîte de béton, qu’importent les « enrichissements » ajoutés. »


Derrick Jensen
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