« L’animal sacrifié à la grandeur humaine »

000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000015622646_1743077856003022_2840491550758652559_n

« Les animaux pensants que nous sommes se sentent transportés par le caractère sacré qu’ils attribuent à leur propre humanité. C’est qu’ils ont constaté que lorsqu’elle n’est pas instinctive comme celle de la chatte protégeant ses chatons, l’abnégation consciente et délibérée ne se rencontre que chez leurs propres congénères. Forts de cette gratifiante certitude, nous avons pris l’habitude de qualifier l’altruisme de qualité “ humaine ”. C’est ainsi que l’on parle d’aide “ humanitaire ”, ou de “ l’humanité ” dont font preuve les héros du dévouement. C’est oublier bien vite que faire preuve “ d’humanité ”, c’est aussi gazer des soldats dans leurs tranchées, brûler des incroyants sur la place publique et vendre des mines anti-personnel sous prétexte de “ création d’emplois ”. Le sadisme, lorsqu’il n’est pas instinctif comme celui du chat jouant avec la souris, est lui aussi spécifiquement humain : il n’a de ce point de vue rien à envier à l’abnégation altruiste.

Mais cela n’empêche nullement l’humain de considérer “ l’humanité ” comme la qualité estimable entre toutes. Ne doutant pas un instant que le statut privilégié qu’il s’octroie sur ce principe lui vaut d’infinies faveurs, l’être humain n’envisagerait certainement pas de comparer sa valeur à celle des autres animaux. Sacrifier un seul humain pour dix mille vaches, cent mille chimpanzés, ou même tous les animaux de la Terre, serait encore insupportable : l’humanité se refuse à figurer sur la même échelle de valeurs que le monde animal, qu’elle sacrifierait sans hésiter tout entier pour sauver un seul des siens. L’humanité, pour éviter sa propre contamination au cours de l’épidémie d’encéphalite spongiforme, préféra abattre des millions d’animaux plutôt que de renoncer à sa consommation de viande et n’évalua les pertes qu’en termes économiques. D’une façon plus ou moins avouée, creuser le fossé entre humain et animal c’est renforcer la grandeur humaine. Multiplier les cadences des abattoirs et les plus cruelles expérimentations animales scientifiques, pharmaceutiques ou cosmétiques, c’est célébrer la transcendance humaine par le sacrifice animal.

C’est peut-être ce que ressentent ceux qui refusent de penser autrement que pour en rire aux animaux morts pour les nourrir, aux poules pondeuses souffrant l’horreur dans les batteries d’élevage, aux vaches laitières efflanquées et aux mamelles crevassées sous l’effet de l’hormone somatotrophine bovine, aux lapins agonisant de cancers contractés en testant gels douche, déodorants, shampoings, liquides vaisselle, cosmétiques ou cigarettes. Ils ont pourtant tous déjà rencontré des végétariens mais ne les ont pas vus. Ils ont entendu parler de tests alternatifs pour les cosmétiques ou les produits d’entretien, mais les ont aussitôt oubliés »
Philippe Laporte psychologie du crime

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s