Mon ami le cochon

 

Gerard Baïle

« L’homme a une capacité infinie de rationaliser sa rapacité, surtout lorsqu’il s’agit d’une chose qu’il veut manger. »

« Saviez-vous que les porcs reconnaissent les gens, se souviennent parfaitement des personnes et apprécient le contact humain lorsqu’il n’est pas hostile ?

Le naturaliste W. H. Hudson a raconté l’histoire d’un cochon :

« Ne connaissant pas mes sentiments, il me regardait d’un air soupçonneux et s’éloignait chaque fois que je lui rendais visite. Mais lorsqu’il découvrit que j’avais généralement des pommes et des morceaux de sucre dans les poches de mon manteau, il devint tout à coup excessivement affectueux et se mit à me suivre. Il mettait sa tête en travers de mon chemin pour que je le gratte, et il léchait ma main de sa langue rugueuse pour montrer qu’il m’aimait bien.

Chaque fois que j’allais rendre visite aux vaches et aux chevaux, je devais m’arrêter près de son enclos pour ouvrir la barrière menant aux champs. Immanquablement, ce cochon se levait et
venait vers moi en me saluant d’un grognement affectueux. Moi, je faisais semblant de ne pas le voir, de ne pas l’entendre. Ça me rendait malade de voir l’enclos dans lequel il calait son ventre
dans un bourbier fétide, j’avais honte de penser qu’un animal si intelligent et si aimable soit gardé dans des conditions aussi abominables.
Un matin, comme je passais devant son enclos, il grogna — parla, devrais-je dire — d’une façon si amicale et plaisante que j’ai dû m’arrêter et le saluer à mon tour. Tirant une pomme de
ma poche, j’ai placé celle-ci dans son auge. Il la retourna avec son groin puis me regarda et dit quelque chose comme ‘merci’ en une série de doux grognements, puis il prit une petite bouchée
et la mangea, puis une autre petite bouchée. Finalement, il prit ce qui restait de la pomme dans sa gueule et acheva de manger. Par la suite, lorsque je me rendais aux champs, il s’attendait toujours à ce que je m’arrête un moment pour lui parler. Je le savais à sa façon de me saluer. Le plus souvent, je lui offris une pomme. Il ne la mangeait jamais avec voracité; il paraissait plus enclin à parler qu’à manger. Petit à petit, je suis parvenu à comprendre ce qu’il disait. Il disait
qu’il appréciait mes aimables intentions en lui offrant des pommes : ‘Mais, poursuivait-il, à dire vrai ce n’est pas un fruit dont je sois particulièrement friand. Son goût m’est familier puisqu’on m’en donne parfois, généralement les petites qui ne sont pas encore mûres ou encore celles qui sont gâtées. Toutefois, je ne les déteste pas. On me donne du lait écrémé et j’en suis plutôt friand, puis un seau de pâtée suffisant pour calmer ma faim. Mais ce que j’aime par-dessus tout,
c’est un chou. Seulement, on ne m’en donne presque plus maintenant. Il m’arrive de penser que si on me laissait sortir de cet enclos boueux pour aller me balader, comme les moutons et les
autres bêtes, dans les champs ou sur les collines, j’arriverais à dénicher quelque morceau plus savoureux que tout ce qu’on me donne. Mise à part la nourriture, j’espère que ça ne vous embête
pas que je vous dise que j’aime bien qu’on me gratte le dos.
Je lui ai donc gratté vigoureusement le dos avec mon bâton, ce qui l’a fait se trémousser, cligner des yeux et sourire de plaisir. Puis je me suis dit : ‘Mais que pourrais-je bien faire de plus
pour lui faire plaisir ?’ Tout condamné à mort qu’il était, il n’avait rien fait de mal. Ce n’était qu’un mortel comme nous, bon et honnête, l’avais donc envie de faire quelque chose pour soulager la misère de ses derniers jours bourbeux.
J’eus une inspiration. Dans le potager, à quelques mètres de son enclos, se trouvait un grand bouquet de vieux sureaux croulant sous les fruits mûrs — les grappes les plus grosses que j’aie jamais vues, je m’y suis rendu et j’ai choisi les plus belles, des grappes aussi grosses que ma casquette et pesant au moins un demi-kilo. Je les ai ensuite déposées dans sa mangeoire et l’ai invité à y goûter. Il les a reniflées avec un petit air méfiant, m’a regardé en me passant une ou
deux remarques, puis il a grignoté quelques baies, marquant un certain temps d’arrêt avant de se risquer à les mâcher. Il m’a regardé, poursuivant ses remarques : ‘Drôles de fruits ! Jamais goûté à quelque chose comme ça auparavant. Je ne peux pas vraiment dire si j’aime ça ou non.’ Puis il a pris une bouchée et une autre, me jetant un coup d’œil pour me parler entre chaque bouchée, et cela jusqu’à la fin. Il s’est ensuite retourné pour aller se coucher avec un grognement
disant que je pouvais maintenant retourner à mes vaches et à mes chevaux.
Cependant, le lendemain matin, il m’accueillit avec tant d’enthousiasme et d’impatience que
j’en conclus qu’il avait beaucoup pensé aux baies de sureau et qu’il avait hâte de se régaler à nouveau. Je lui en coupai donc une autre grappe, qu’il avala sans se faire prier tout en poussant de petits cris : ‘Merci, merci, c’est très bon, vraiment très bon !’ C’était une sensation nouvelle pour lui et il en était très heureux. C’était presque aussi bon qu’une journée de liberté dans les champs, les prés, ou sur les vertes collines à ciel ouvert.
À partir de ce moment, je suis allé le voir deux ou trois fois par jour pour lui offrir des grappes de baies de sureau. Il en restait suffisamment pour les étourneaux; les grappes de ces arbres
auraient rempli une charrette.Puis, un matin, j’entendis un cri rempli d’indignation venant du potager et je jetai un coup d’œil pour voir mon ami pieds et poings liés. Un marchand le soulevait pour le mettre dans sacharrette, aidé du fermier… »
Hudson était heureux d’avoir pu apporter un peu de joie aux derniers jours de cet animal sociable et sensible qui était cependant destiné à l’abattoir. Bien entendu, il ne faut pas s’attendre à ce qu’une personne qui ne connaît pas les animaux arrive à traduire les
grognements comme le fait un naturaliste entraîné. Néanmoins, j’aimerais insister sur le bon caractère des cochons. L’opinion que nous en avons est d’une terrible injustice. Nous avons fait
de son nom une insulte infâme.
Pourquoi donc faire si mauvaise réputation à un animal intelligent qui démontre un tel appétit de vivre ? Pourquoi avoir rabaissé à ce point une créature attachante, capable d’une amitié durable ? On comprendrait davantage une telle attitude envers le crocodile, par exemple, qui de tout temps a constitué une menace réelle pour nos vies. Mais le cochon, si aimable, loyal et affectueux ?
La réponse est en partie assez claire. Le cochon est coupable d’avoir une chair que les humains trouvent savoureuse.

« L’homme a une capacité infinie de rationaliser sa rapacité, surtout lorsqu’il s’agit d’une chose qu’il veut manger. »
Cleveland Amory

-À l’heure actuelle, nous sommes peu nombreux à avoir un rapport direct avec les porcs, ce qui ne nous empêche pas de penser que ce sont des bêtes dénuées de toute intelligence et malsaines. Au cours des siècles, ceux qui ont gardé des porcs ont pu apprécier leur intelligence et leur bienveillance indéniables. Ce n’est qu’en fermant les yeux que les humains arrivent à justifier ce qu’ils ont fait pour obtenir du lard cl du jambon, tout comme les Noirs furent déshumanisés dans l’esprit des Blancs afin de justifier l’oppression et l’esclavage. »
John Robbins Se nourrir sans faire souffrir

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