John Robbins : Se nourrir sans faire souffrir

« rempli d’un instinct inexorable, celui de retrouver ses bébés perdus et d’en prendre soin. »

« Il n’est peut-être pas sage de toucher à la nature. Cela peut même s’avérer désastreux. Mais vous pouvez être sûrs que si c’est profitable, il se trouvera certainement quelqu’un pour s’y essayer.
De nos jours, l’objectif de la production porcine est d’obtenir d’une truie le maximum de porcelets par année. On voudrait que les truies deviennent des machines vivantes de reproduction.
« Il faut concevoir et traiter les truies de reproduction comme une précieuse machine de laquelle les bébés sortiraient comme d’une machine à saucisses. »
National Hog Farmer, mars 1978
Dans une vraie ferme, une truie produit environ six porcelets par an. Or, les techniques modernes en permettent désormais 20 !
Les chercheurs prédisent même le nombre de 45 pour bientôt. Les producteurs se réjouissent d’une telle perspective qui multiplie par sept ce que la nature a prévu.
On en a fait une science. Premièrement, les porcelets sont enlevés à leur mère beaucoup plus tôt que dans une situation normale. Abréger ainsi le sevrage revient pour la truie à ne plus produire de lait et, grâce aux injections d’hormones, elle peut alors redevenir fertile beaucoup plus tôt. On en tire davantage de porcelets chaque année.
Malheureusement, la pauvre truie n’est pas assez moderne pour apprécier les merveilles d’un système dans lequel elle passera sa vie entière à produire, portée après portée, pour se voir aussitôt enlever ses bébés. La truie les appelle en pleurant, bien qu’on ne prête jamais attention à ses cris de détresse. Étrangère à la logique des usines, elle sait seulement que tout son être est rempli d’un instinct inexorable, celui de retrouver ses bébés perdus et d’en prendre soin.
La plupart des producteurs de porcs ont découvert qu’il faut laisser les porcelets téter leur mère pendant environ deux semaines avant de les en éloigner, sans quoi les bébés meurent, ce qui, bien entendu, vient à l’encontre des objectifs des producteurs. Un important fabricant d’équipement agricole voit cela comme du gaspillage et fait maintenant la promotion intensive d’un appareil appelé Pig Mama (Maman Truie). Il s’agit d’une tétine mécanique remplaçant entièrement la tétine de la mère et qui permet au gérant d’exploitation d’enlever les porcelets à la truie à peine deux heures après chaque naissance. Constatant ce progrès, le Farm Journal affirmait qu’on attendait avec impatience « … le jour où la phase d’allaitement serait du passé, dans l’histoire de la production porcine ». Ceci aurait pour résultat, d’après ses réjouissantes prédictions :
«… de faire monter en flèche le nombre de cochons que pourrait produire une truie dans une année. »
Depuis bien des années, les éleveurs de porcs s’acharnent également à produire des porcs de plus en plus gras. Malheureusement, les produits de l’élevage contemporain des potes rendent les animaux si obèses que leurs os et leurs articulations croulent littéralement sous eux. Les experts n’y voient pourtant aucun inconvénient, du moment que le profit augmente à chaque
kilo supplémentaire. Les « cochons nouveau genre » posent cependant quelques problèmes aux experts des usines porcines. Peter Singer et Jim Mason en soulignent quelques-uns :
« À trop vouloir augmenter le nombre de portées et le poids des porcs, les éleveurs n’ayant pas porté attention aux particularités reproductives ont causé… un taux élevé de mortalité infantile
chez les porcs. Les nouvelles femelles améliorées produisent des portées si nombreuses qu’elles n’arrivent pas à prendre soin de chaque porcelet. Pour résoudre ce problème, les producteurs se
sont mis à sélectionner les truies ayant un nombre plus élevé de mamelles — pour se rendre compte que les mamelles supplémentaires ne pouvaient fonctionner en raison d’un manque de tissu mammaire. »
Loin d’être désarmés, les manipulateurs génétiques poursuivent leurs efforts pour « améliorer » le cochon et convertir cette créature robuste au bon caractère en une pièce d’équipement plus efficace :
« Les experts en élevage essaient de créer des cochons dont la croupe plate, le dos plat, et même les orteils et les autres caractéristiques supportent mieux les conditions prévalant dans les
usines. »
John Robbins Se nourrir sans faire souffrir

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