La contradiction de l’omnivore conciencieux

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La contradiction de l’omnivore conciencieux

Thomas Lepeltier

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Thomas Lepeltier est un historien et philosophe des sciences, et auteur de La révolution végétarienne (Éditions Sciences Humaines, 2013).

Qu’est-ce qui se cache derrière la « viande heureuse » ? Dans un livre très bien documenté, l’historien et spécialiste de l’agriculture James McWilliams dresse un sombre portrait des petits élevages bio et champêtres.1

L’élevage industriel choque. Il faut dire que les conditions de vie des animaux y sont abominables, les problèmes sanitaires nombreux et les effets sur l’environnement déplorables. Pour ces raisons, beaucoup de gens condamnent ce type d’élevage. Ils ne deviennent pas pour autant véganes. La plupart pensent que la solution est du côté de l’élevage à la ferme, tel qu’il était pratiqué jadis. Cet élevage « champêtre » serait en effet respectueux des animaux, fournirait des produits de meilleure qualité et n’aggraverait pas les problèmes de la planète. Cette alternative trouve d’ailleurs un écho très favorable auprès des gourmets et chez nombre d’écologistes. Les uns et les autres vantent ainsi les mérites de ces petits fermiers censés élever leurs animaux dans de bonnes conditions et obtenir de bons produits. C’est donc chez eux qu’il faudrait s’approvisionner en viande, oeufs et lait. Bref, le développement de l’élevage à la ferme permettrait de régler les graves problèmes de l’élevage industriel.

Mais, pour l’historien James McWilliams, cette solution ne tient pas la route. Comme il l’explique dans ce livre, le concept de « viande heureuse » est non seulement absurde mais, paradoxalement, il sert à perpétuer ce à quoi il est censé s’opposer, à savoir l’élevage industriel. En effet, quel est le problème majeur de l’élevage industriel ? Sans risque de se tromper, on peut répondre que c’est sa façon de traiter les animaux comme des objets. Exploitées sans merci pour le seul profit financier qu’en tirent les éleveurs, les pauvres bêtes ne connaissent qu’une vie de misère avant d’être tuées très jeunes dans des conditions abominables. C’est bien pour échapper à cette vision de cauchemar que certains défendent l’élevage à la ferme. Mais, au moment même où ils reconnaissent le droit des animaux à être bien traités, leur proposition d’alternative revient à affirmer qu’un éleveur, parce qu’il le fait dans une ferme de petite taille, peut se permettre d’exploiter des animaux et de les tuer pour son seul profit. Autrement dit, les défenseurs de l’élevage à la ferme piétinent l’idée même de respect animal qu’ils prétendent défendre. C’est ce que McWilliams appelle la contradiction des omnivores consciencieux.

Tuer un animal qui ne veut pas mourir se fait difficilement en douceur. Ce n’est pas parce que vous le faites dans l’arrière-cour d’une ferme que l’animal va docilement tendre le cou et mourir sans souffrir.

http://www.versusmagazine.co/articles/la-contradiction-de-l-omnivore-conciencieux#

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