Les vétérinaires

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Patrizia Muttoni

Chapitre 5 – TOXIC CROQUETTES
Dr Jutta Ziegler

CHAPITRE 5
POURQUOI LA CHIENNE
DOBERMAN SANDRINA DÉTRUIT
LE MOBILIER

« Pilules du bonheur » et autres psychotropes pour chiens et
chats

SANDRINA EST UNE CHIENNE DOBERMAN ISSUE D’UN
ÉLEVAGE réputé et prospère. La famille B., nouvelle propriétaire de la
jeune Sandrina a toujours eu des chiens et s’y connaît bien en grandes
races, tant en matière d’éducation que de conditions de vie. Elle n’a par
conséquent jamais connu, avec ses précédents chiens, le moindre trouble
du comportement, la moindre conduite étrange. Mais avec Sandrina,
c’est une tout autre affaire !

Chiot déjà, Sandrina est d’une vivacité et d’une fougue inhabituelle.
Impossible ou presque de la maîtriser et de la fatiguer.
Les enfants de la famille se relaient pour occuper la chienne en
permanence et contrôler un tant soit peu son trop-plein d’énergie. À six
mois, Sandrina n’est toujours pas propre. Quand elle est en liberté, elle
est tellement occupée à ce qu’elle fait et distraite par son environnement
qu’elle en oublie, semble-t-il, de faire ses besoins. Après ces
promenades qui n’en finissent plus, elle se soulage en rentrant dans le
salon, au beau milieu du tapis : la grande classe ! Que ses maîtres la
grondent, la saisissent par la nuque et la secouent comme le ferait une
mère avec ses chiots désobéissants, ou encore la punissent en l’ignorant
quelques minutes comme le conseille n’importe quel livre d’éducation
canine sérieux, rien ne marche. Sandrina a l’air d’être immunisée contre
toute mesure éducative. Elle semble d’autre part curieusement incapable
d’entrer en relation, d’établir un contact direct avec les membres de sa
famille. Les rares fois où elle n’est pas déchaînée, elle semble bizarrement
détachée, absente.

Sandrina n’apprécie pas non plus d’être sur les genoux ou dans les bras de ses maîtres, adultes ou enfants ; cela lui est visiblement très désagréable. Mais elle est incapable de rester seule : aucune chaise, aucune table n’est assez haute pour l’empêcher de sauter par-dessus et les traces de son affolement dans le foyer dévasté de la famille B. sont impressionnantes. Une partie du mobilier s’en souvient encore.

Entre-temps la famille B. a éliminé tous les tapis. Sandrina s’est
elle-même chargée de faire disparaître les rideaux et de détruire tous les
coussins du canapé.

À l’école du chien qu’elle fréquente, elle ne tarde pas à être mise à
l’écart. Elle dérange autant les maîtres que les autres élèves. Impossible
de la tenir en laisse. Elle saute comme un cabri, aboie sans arrêt et
terrorise tout son entourage. Elle finit par prendre des cours particuliers,
puisqu’elle est incapable de se soumettre et qu’elle rend tout le groupe de
chiens nerveux par son comportement débridé. Les cours particuliers
recommandés par l’association canine non seulement reviennent cher à
Madame B. et à sa famille, mais ils ne servent à rien. Le comportement
de Sandrina ne s’améliore pas. C’est une pure perte de temps et
d’argent !

Madame B. a déjà élevé plusieurs chiens qui l’ont accompagnée de
longues années. Ce qui la peine particulièrement, c’est l’absence totale
d’intérêt de Sandrina à son égard. Alors que tous les chiens qu’elle a eus
réagissaient au son de sa voix, savaient parfaitement quand elle
s’adressait à eux ou quand ils avaient fait quelque chose de mal et qu’il y
avait de l’orage dans l’air, Sandrina à l’inverse ne réagit à rien.
L’interaction sensible, si importante sur le parcours éducatif récompensé
par un compagnon à quatre pattes acceptable, est inexistante avec
Sandrina. Qui elle a autour d’elle lui est parfaitement égal. Seule compte
l’action !

Madame B. et les membres de sa famille sont très affligés par leur
chienne. Alors qu’avec les chiens précédents les enfants se disputaient la
permission d’aller les promener, avec Sandrina plus personne ne se
propose. Il faut dire que chaque promenade vire au supplice : Sandrina
tire sur sa laisse, aboie à tort et à travers, saute sans arrêt dans tous les
sens et n’écoute rien. Il n’est pas question de la détacher puisqu’elle ne
répond à aucun ordre et en profite pour détaler comme une folle.

Madame B. a déjà dû à plusieurs reprises la récupérer au refuge ;
visiblement désorientée, elle avait disparu avant d’être rattrapée par des
passants qui l’y avaient déposée.

Elle a peut-être un problème de santé, se dit Madame B. qui
décide de la faire examiner par un vétérinaire. L’examen vire au
cauchemar, tant pour la maîtresse et la chienne que pour le vétérinaire.
Sandrina fait la folle, ne cesse d’aboyer et saute d’un bout à l’autre du
cabinet comme s’il s’agissait d’un espace de jeu. Seule une anesthésie
permet de faire des examens approfondis et une prise de sang.

Madame B. a pensé à apporter un échantillon de selles car Sandrina a
parfois tendance à avoir des diarrhées et des ballonnements.

D’après le vétérinaire, les résultats des analyses de selles et de sang
ne signalent rien d’anormal et sinon, Sandrina se porte comme un
charme. « Elle est peut-être un peu speed et craintive, dit le vétérinaire,
mais ça passera tout seul en grandissant et avec l’éducation qu’il faut. »

Son conseil : trouver enfin une école du chien « convenable ».

Contre les troubles digestifs occasionnels se traduisant par des
diarrhées, des ballonnements et de fréquents rots et parce qu’elle a en
permanence un appétit d’ogresse (Sandrina mange de la terre et des
crottes de chien, y compris les siennes !), le vétérinaire prescrit un
antibiotique pour une semaine et, pour l’empêcher de manger ses crottes,
un mélange de minéraux et des comprimés de vitamines. « Beaucoup de
chiens ont les mêmes problèmes, précise-t-il, ce sont des symptômes de
carence sans rapport avec son comportement. » Il n’attribue ses
problèmes de comportement qu’à des erreurs éducatives commises par
la famille B. Madame B., saisie par le doute, se renseigne auprès d’autres
écoles du chien et obtient toujours la même réponse : mauvaise
éducation !

Le vétérinaire ne pose aucune question sur l’alimentation. Or, il se
trouve que Sandrina mange une nourriture industrielle depuis qu’elle est
chiot.

Madame B. a mauvaise conscience et se culpabilise ainsi que sa
famille. Mais qu’a-t-elle bien pu faire de travers ? Elle n’a pourtant pas
éduqué Sandrina différemment de tous ses autres chiens. Elle aura bientôt
un an et son comportement empire. Plus personne ne prend plaisir à sa
compagnie qui est plutôt une énorme charge pour toute la famille. Elle
n’est toujours pas propre ; c’est comme si elle ne faisait pas la différence
entre l’intérieur et l’extérieur.

La famille B. décide de confier Sandrina à un professionnel expérimenté en coaching individuel. Il prend la chienne sous son aile et le coaching intensif commence. Toute la famille doit participer aux exercices pour suivre une ligne cohérente. À en croire le coach, tout a été fait de travers. Il aurait fallu éduquer autrement un chien aussi puissamment guidé par ses pulsions. Le plus important est donc la mise en place de journées au planning régulier et cohérent.

Quelque temps plus tard, Sandrina est certes à peu près propre, mais
son hyperactivité, son absence d’intérêt à l’égard de ses proches, son
incapacité à se concentrer sur quoi que ce soit de précis et ses accès de
fureur destructrice sont restés les mêmes. Le long coaching de plusieurs
semaines s’avère vain et le coach finit par ne plus savoir comment s’y
prendre non plus. Il a pourtant réussi sans problèmes, dit-il, en usant de
patience, de cohérence, d’astuces pratiques, et au moyen de petites
séquences de coaching progressives, à intégrer tant de chiens dans le
quotidien de leur famille. Il précise qu’il travaille selon la méthode du
coach canin Martin Rütter appelée « DOGS » (pour Dog Orientated
Guiding System), qui lui permet d’obtenir de bons résultats la plupart du
temps.

Pourquoi pas avec Sandrina ?
Désespérée, la famille B. finit par se demander si elle ne doit pas se
débarrasser de Sandrina, mais avant elle veut interroger un nouveau
vétérinaire et faire examiner sérieusement la chienne une nouvelle fois. La
bonne santé de Sandrina est confirmée. Le vétérinaire a toutefois une
autre idée. Il précise qu’il existe désormais un aliment prêt à l’emploi
pourvu d’additifs à l’action tranquillisante. Il a été spécialement conçu
pour ce genre de chiens actifs et nerveux à outrance. Son nom : « Calm
Stress management » pour chiens et chats.

En voici la description :

Calm est la première nourriture au monde enrichie en alphacas ozépine et en L-tryptophane, régulateurs naturels du stress… Il est prouvé que ces régulateurs présents dans la composition scientifiquement mise au point de Calm sont

efficaces pour compenser le stress chez les chiens et les chats. Des suppléments de nutriments sélectionnés agissent simultanément contre les problèmes associés au stress tels que le manque d’appétit, les troubles de la digestion et les pathologies de la peau et du pelage… Par rapport aux
préparations tranquillisantes administrées oralement, la fastidieuse prise de médicament est épargnée et l’effet souhaité est obtenu par l’intermédiaire de la nourriture quotidienne.
Ce sont là les propos utilisés pour promouvoir cet aliment.

Il n’est évidemment disponible que chez le vétérinaire et son prix est à
l’avenant. « On va l’essayer, conseille le vétérinaire, et si ça ne marche
pas, il existe un médicament, le Reconcile. C’est un tranquillisant pour
chien qui agit de la même manière que la Ritaline chez les enfants
hyperactifs. » La famille B. qui est prête à se raccrocher à n’importe
quelle branche, achète l’aliment en question et prend aussi sans attendre
une boîte de Reconcile.

Cette préparation existe sous forme de comprimés à mâcher au goût de viande de bœuf. Au cas où, se dit Madame B., si jamais les croquettes ne font pas effet…
Les croquettes Calm contiennent de l’alpha-casozépine et du Ltryptophane.
L’alpha-casozépine renforce l’activité d’un neurotransmetteur (acide y-aminobutyrique, GABA en abrégé) qui a un effet inhibiteur sur le stress et l’angoisse. L’alpha-casozépine est un composant protéique issu du lait. Il s’agit de l’une des rares substances naturelles capables d’influer sur le taux de cortisol et de lutter contre l’anxiété. L’alpha-casozépine compte parmi les ingrédients de produits dopants autorisés (Vapronol T6) qui promettent aux sportifs de haut
niveau et amateur d’atténuer le stress lié à la compétition et aux entraînements intensifs, et de raccourcir la phase de récupération après l’effort. Le tryptophane est lui aussi une protéine d’origine animale, précurseur de la sérotonine, un autre neurotransmetteur qui rétablit l’équilibre et la détente. Sans sérotonine, rien ne fonctionne dans le cerveau ; elle est aussi couramment qualifiée d’« hormone du bonheur ».
Une carence en sérotonine entraîne une modification des modèles de
comportement : manque de maîtrise de soi, de concentration et sensibilité
accrue au stress.
Le L-tryptophane artificiel n’est délivré en Allemagne pour le
traitement des pathologies dépressives que sur prescription médicale ; les
médicaments contenant du tryptophane et présentés comme des
somnifères et tranquillisants légers sont quant à eux disponibles sans
ordonnance. En Autriche et en Suisse, il faut systématiquement une
ordonnance pour obtenir du L-tryptophane.

Les effets secondaires mentionnés sont entre autres une fatigue diurne, des vertiges et des maux de tête. Jusqu’à aujourd’hui, le L-tryptophane est toujours interdit aux États-Unis en raison du déclenchement possible d’une maladie mortelle du sang (syndrome d’eosinophilie-myalgie, SEM). Après mille cinq cents
cas, dont trente-huit mortels, le tryptophane a été retiré du marché.

En Allemagne, il est à nouveau autorisé depuis 1996 comme médicament : le
renouvellement de l’autorisation a été obtenu devant les tribunaux par
l’industrie pharmaceutique. La décision fut motivée par le fait que la maladie n’avait touché que des personnes ayant absorbé un tryptophane fabriqué au Japon et qu’elle était probablement due à des impuretés présentes dans la production locale. Mais il s’est avéré par la suite que d’autres fabricants étaient concernés par des cas de SEM.

La citation qui suit est extraite du journal indépendant Der
Arzneimittelbrief(9), édition 10/03 :

Le tryptophane est par ailleurs l’exemple type de l’élément nutritionnel essentiel naturel qui, par le biais de la production industrielle, de l’addition de produits réactifs chimiques de synthèse et d’un dosage élevé peut devenir un médicament capable de mettre la vie en danger. (Le mode d’apparition du SEM reste à éclaircir, NDA)
Une autre question qui reste à éclaircir est la manière dont l’organisme réagit à l’apport prolongé de tryptophane de synthèse. Le Ltryptophane est fabriqué par biosynthèse à partir d’une bactérie Escherichia coli mutante. On vend donc aux propriétaires d’animaux sous forme d’additif alimentaire une substance apparemment naturelle, alors qu’il s’agit d’un médicament délivré à l’homme sur prescription médicale. Rares sont, à mon avis, les propriétaires et les vétérinaires à avoir conscience de ce qui est en réalité mélangé à la nourriture sous l’appellation avantageuse et anodine de supplément nutritionnel.

Le L-tryptophane est bien sûr présent aussi dans notre alimentation
humaine sous sa forme naturelle, et cela principalement dans la viande. En
tant qu’acide aminé essentiel, il doit être apporté par la nourriture, le
corps ne pouvant le fabriquer lui-même. Une alimentation pauvre en
protéines animales, comme dans le cas d’un chien nourri exclusivement
avec des croquettes, entraîne facilement une carence en tryptophane.
Pourquoi ? Parce que dans les croquettes, la proportion de protéines
indiquée sur l’emballage est atteinte principalement grâce à la part élevée
de protéines végétales et non à l’adjonction de viande (protéines
animales). Une carence peut facilement être due à la part élevée de maïs,
particulièrement pauvre en tryptophane.

Notons que l’« aliment tranquillisant » cité plus haut contient d’abord
du riz, puis de la farine de volaille et du maïs. En dehors du fait que la
farine de volaille n’est pas de la viande, mais un sous-produit de
l’aviculture (sinon il serait inscrit farine de viande de volaille, lire page 68),
les céréales apparaissent en première et troisième position parmi les
ingrédients.

C’est beaucoup trop ! Non seulement les chiens consommateurs doivent se transformer en granivores, mais un produit de mauvaise qualité est revalorisé par l’ajout de suppléments (alphacasozépine et L-tryptophane). Il va sans dire que cette revalorisation concerne aussi le prix. Nous y reviendrons.

L’effet des deux substances est comparable à celui du Valium
(diazépam). L’aliment tranquillisant contient donc tout simplement des
psychotropes pour chiens ! Sommes-nous tous devenus à ce point
influençables (par la publicité notamment) et dépourvus de sens critique
que la perversion de cette prescription nous échappe ? Nous allons
même jusqu’à nous réjouir du fait que l’industrie ait réussi à nous
concocter l’aliment ad hoc en cas de troubles du comportement, si notre
animal est touché. En résumé, nos animaux se rendent d’abord malades
en mangeant les produits de mauvaise qualité que nous leur servons, puis
arrivent les compléments nutritionnels soi-disant miracle qui, à leur tour,
génèrent de nouveaux désordres. C’est ainsi que l’industrie des aliments
tout prêts est sans arrêt poussée à remédier, au moyen de nouveaux
suppléments supposés efficaces, à des carences qu’elle a elle-même
provoquées.
Nous vivons désormais dans une société où les adultes souffrant de
stress ne sont plus les seuls à recourir aux psychotropes. Des milliers
d’enfants prennent de la Ritaline (une drogue tranquillisante) pour cause
d’hyperactivité et voilà que nos animaux domestiques se mettent à
présenter de plus en plus de troubles comportementaux et ont besoin eux
aussi des traitements correspondants.

Et les vétérinaires sont de la partie. Les troubles du comportement chez le chien sont effectivement en progression. La profession de coach canin est en plein boom et des entraînements spéciaux pour chiens sont proposés un peu partout. En cas de mauvaise éducation, un entraînement adapté et cohérent suffit
généralement pour qu’un chien trouve sa place dans le quotidien de ses
propriétaires et ne se transforme en tyran domestique.

Pourquoi y a-t-il de plus en plus de chiens comme Sandrina qui
deviennent des cas vraiment problématiques ? Sa maîtresse est pourtant
expérimentée en éducation canine et pense avoir tout fait pour élever
Sandrina correctement. C’est bien le cas et elle n’a négligé qu’une
réalité : l’hyperactivité chez le chien n’est pas encore considérée comme
un signe de maladie en médecine vétérinaire, mais comme la seule
conséquence d’erreurs éducatives. Il n’en reste pas moins que de plus en
plus de chiens surexcités détruisent le mobilier et tourmentent leurs
propriétaires à l’extrême. La consommation de psychotropes pour chiens
croît logiquement à vue d’œil.
Peut-être une certaine similitude avec les problèmes croissants liés à
l’éducation des enfants vous vient-elle à l’esprit ? N’y a-t-il pas de plus
en plus d’enfants qui se font remarquer par leur manière d’agir, qui
poussent à bout leurs parents et leur entourage par leurs accès
d’agressivité incontrôlables, qui sont incapables de se concentrer et
présentent un véritable comportement autistique, paraissant ne percevoir
qu’à peine ceux qui les entourent ?

Chez les enfants, on a déjà découvert qu’il existe un rapport de cause à effet entre alimentation et comportement. Certains additifs alimentaires peuvent agir comme des drogues. Il est possible d’amoindrir les manifestations de maladies telles que l’autisme en évitant certains composants alimentaires. On a
également pu obtenir des améliorations notables chez des enfants
hyperactifs grâce à un changement d’alimentation. Selon quel processus ?

Regardons, par exemple, à quelle vitesse l’alcool atteint notre
cerveau et étend ses effets sur notre système nerveux. De la même
manière que l’alcool, d’autres composants de l’alimentation peuvent, par
la voie sanguine, dépasser très rapidement la barrière hématoencéphalique
pour atteindre directement le cerveau. Bien sûr, cela ne se
produit pas chez tout le monde. Chez la plupart d’entre nous, la barrière
hémato-intestinale est suffisamment étanche pour que des substances
dangereuses comme les additifs alimentaires ne puissent pas se retrouver
hors de l’intestin. Mais chez certaines personnes, l’intestin n’est pas tout
à fait étanche : on appel ce phénomène le « leaky gut syndrome »
(syndrome de perméabilité intestinale). Ces substances atteignent alors
librement l’intérieur du corps, y compris le cerveau. Certains colorants
alimentaires de synthèse comme la tartrazine jaune (El02) sont
soupçonnés de contribuer à l’apparition des troubles du déficit de
l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Des études australiennes
ont montré dès 1996 que la dose de tartrazine était en corrélation avec le
degré de manifestation des symptômes. Des édulcorants comme
l’aspartame (Coca light) peuvent eux aussi intervenir dans le métabolisme
cérébral. Comme le glutamate qui lui est chimiquement apparenté,
l’aspartame peut, à partir d’une certaine dose, endommager les cellules
cérébrales et avoir pour effet des symptômes tels que des maux de tête,
des frissons, etc… et déclencher une confusion, des troubles de
l’équilibre ou de la vision. Tout le monde connaît le « syndrome du
restaurant chinois » causé par le glutamate : cet exhausteur de goût
massivement utilisé dans les plats préparés peut lui aussi être à l’origine
de manifestations désagréables telles que fourmillements dans la nuque,
maux de tête, nausées, fatigue, etc…

Nous voyons donc que certains composants de l’alimentation, les
additifs artificiels notamment, peuvent avoir un effet neurotoxique et
influencer par là même notre manière d’agir. Si les mécanismes chimiques
de transmission ne fonctionnent plus comme il se doit dans le cerveau, il
est facile d’imaginer comment des troubles du comportement peuvent
survenir.

Le comportement de Sandrina peut parfaitement être comparé à
celui d’un enfant atteint de troubles du déficit de l’attention avec ou sans
hyperactivité (TDAH). De la même manière, il arrive souvent qu’il soit
impossible de la calmer, de lui faire entendre quoi que ce soit et d’obtenir
qu’elle se concentre sur une tâche donnée.
Beaucoup ont pris conscience du rapport entre alimentation humaine
et maladies du système nerveux. Qu’il puisse exister un rapport entre la
nourriture industrielle de nos chiens et leurs troubles du comportement
n’est, en revanche, jamais envisagé ou presque, malheureusement. Le
facteur alimentaire, en tant que cause majeure de trouble psychique, est
purement et simplement occulté. Une nourriture produite industriellement
peut pourtant déclencher chez des chiens sensibles une réaction du
système immunitaire (allergie), qui elle-même intervient dans le
fonctionnement du métabolisme cérébral.

Nous connaissons bien les effets des allergies sur la peau (éruptions),
les organes respiratoires (asthme) et l’intestin (diarrhée), principalement.
Les allergies quis’accompagnent de troubles du comportement nous sont
en revanche largement étrangères. Comme nous le savons, les allergies
sont des réactions d’hypersensibilité du système immunitaire à certaines
substances qui, si elles ne sont pas dommageables chez les individus non
sensibles, peuvent causer chez les personnes ou les animaux qui le sont
de graves atteintes à leur santé. Chaque fois qu’un aliment est absorbé et
qu’un contact est établi avec l’environnement, l’organisme a pour tâche
de décomposer les substances étrangères pour les transformer en
substances naturellement présentes dans le corps. Si l’une des étapes de
ce processus de transformation est perturbée, les maladies dites autoimmunes,
les allergies voient le jour. Ce sont le plus souvent certaines
protéines présentes dans les aliments tout prêts qui sont allergisantes. Les
allergènes alimentaires sont la plupart du temps insuffisamment
décomposés lors de la digestion, si bien qu’ils atteignent directement le
cerveau par l’intermédiaire de la barrière hémato-encéphalique et
influencent ainsi les neurotransmetteurs avec pour effet potentiel des
modifications du comportement (hyperactivité, par exemple). Des additifs
tels que la tartrazine citée plus haut peuvent agir de la même façon.

Revenons maintenant à Sandrina. Elle n’a été élevée qu’avec des
aliments tout prêts. On lui a d’abord donné les mêmes croquettes que
l’éleveuse, pour ne pas la perturber. Les ballonnements permanents, les
diarrhées sporadiques, l’appétit hors norme de Sandrina et le fait qu’elle
mange ses propres crottes auraient dû attirer l’attention. Madame B. a
certes fait part de ces symptômes à son vétérinaire, mais il n’a établi
aucune relation de cause à effet entre les troubles digestifs de Sandrina et
son comportement.

Les diarrhées, les ballonnements et le fait de manger ses crottes sont
pourtant les premiers signes indiquant que l’intestin ne fonctionne pas
comme il le devrait. Le fait précisément qu’elle mange ses crottes signale
que la flore intestinale n’est pas saine. Malheureusement, ce symptôme
est le plus souvent interprété par les vétérinaires comme un signe de
carence et traité avec des mélanges de minéraux et des suppléments
vitaminiques. Je ne connais pourtant pas le moindre cas dans lequel la
prise d’un mélange de minéraux a fait perdre au chien l’habitude de
manger ses crottes. Comment pourrait-il en être autrement ? La plupart
du temps, les aliments produits industriellement contiennent déjà plus de
minéraux et de vitamines (synthétiques) que nécessaire. Mais certaines
informations erronées se colportent d’un vétérinaire à l’autre et persistent.

Chiot déjà, Sandrina a montré que quelque chose clochait. Elle est
dès le départ surexcitée et incapable de se concentrer. Quelque chose ne
lui réussit manifestement pas. La responsabilité de la nourriture industrielle
dans ses problèmes de comportement n’apparaît clairement que lorsque
Sandrina passe enfin à une nourriture appropriée à son espèce et que ses
symptômes s’atténuent considérablement en peu de semaines.

Aujourd’hui, Sandrina est une chienne certes vive, mais plus hystérique.
Elle peut accompagner sa famille en promenade, même détachée. Elle
réagit aux ordres donnés par sa famille avec laquelle elle est capable de
communiquer normalement. Elle ne décampe plus et se comporte bien en
laisse.

Mais chaque chose en son temps ! Comment tout ceci est-il soudain
possible ? Après lui avoir donné pendant trois semaines les croquettes
tranquillisantes, la famille B. ne constate presque aucune amélioration
chez Sandrina. Elle est certes un peu plus calme à la maison, mais en
liberté son comportement reste inchangé. Elle est hystérique et saute
comme un cabri au bout de sa laisse. En l’absence d’amélioration
notable, Madame B. lui redonne ses croquettes habituelles, avec en plus
une pilule par jour du tranquillisant Reconcile. Avec cette pilule, la
chienne reste apathique toute la journée. On dirait qu’elle débarque
d’une autre planète, se dit Madame B.

C’est dans cet état que je vois Sandrina pour la première fois. C’est
une chienne splendide. Ce qui me frappe le plus, c’est son absence totale
de réaction. Qu’on lui crie dessus ou que l’on essaie d’attirer son
attention d’une autre manière, tout lui est égal. Elle ne réagit pas le moins
du monde. La comparaison avec un enfant autiste, incapable de
percevoir son entourage, est évidente. Sandrina prend du Reconcile
depuis environ un mois au moment où elle m’est présentée. Ce
médicament au joli nom (il contient la même substance active que le
Prozac utilisé chez l’humain) intervient dans le métabolisme cérébral et
fait en sorte que la concentration du neuromédiateur nommé sérotonine
reste élevée au niveau des points de contact entre neurones, dans le
cerveau. Spécialement adapté aux chiens et doté d’un goût de viande de
bœuf, ce médicament de l’entreprise pharmaceutique Eli Lilly a été
autorisé par la Food and Drug Administration (FDA) américaine.

L’avis des vétérinaires sur l’utilisation du Prozac/Reconcile est
partagé. Certains pensent que les psychotropes pour chiens ne devraient
être utilisés qu’en cas d’urgence, comme par exemple à l’occasion des
feux d’artifice du nouvel an ou dans les situations où la pression est
inhabituelle. Quant aux vétérinaires qui se sont spécialisés dans les
troubles du comportement, ils sont les premiers à plaider en faveur d’un
usage généralisé. Leur argument consiste à dire que le Reconcile utilisé
dans le cadre d’une thérapie comportementale réduirait les accès de
fureur destructrice, l’angoisse de séparation et les hurlements continuels
chez les chiens anxieux.

La revue économique The Economisé estime que le marché
américain des psychotropes pour animaux atteint un chiffre d’affaires
annuel d’un milliard de dollars. Aujourd’hui, dix à vingt pour cent des
chiens américains en prennent car, si jamais on les laisse seuls, ils
détruisent tout le mobilier, font leurs besoins à l’intérieur et aboient sans
arrêt. Le Reconcile atténue soi-disant bien les symptômes. Le groupe
pharmaceutique qui le fabrique a immédiatement créé un département
dédié aux médicaments pour animaux domestiques. Des médicaments
conçus en réalité pour l’homme sont ici adaptés à l’animal. Autrefois, le
marché correspondant n’existait pas. Mais de nos jours, le nombre de
gens prêts à investir d’importantes sommes pour soigner leurs animaux, y
compris avec des psychotropes, ne cesse de croître. Bien entendu, les
entreprises pharmaceutiques n’ont pas tardé à s’en apercevoir.

Il existe désormais aussi un « brûleur de graisse » pour chien : le
Slentrol de l’entreprise Pfizer. Le Slentrol fut à l’origine conçu pour
l’homme, mais il n’a pas été autorisé en raison de ses importants effets
secondaires. La plupart du temps, on se contente de recomposer sous
une autre forme, pour les animaux domestiques, des substances actives
préexistantes. Mais il arrive aussi que l’on ressuscite des produits dans
leur composition d’origine, comme ici le Slentrol, qui ont été recalés lors
des tests sur l’homme. Le département dédié aux animaux domestiques
d’Éli Lilly entend lui aussi tester sa large palette de substances actives
dans le but de « guérir » notamment l’obésité, mais aussi d’autres
maladies vétérinaires. C’est ainsi que des substances actives peuvent être
« recyclées » de manière très lucrative. Il faut naturellement commencer
par créer le marché correspondant. Ce n’est pas le plus gros problème
car, en médecine humaine aussi, le médicament existe souvent avant que
le marché correspondant ne soit créé.

Prenons pour exemple l’abaissement des valeurs normales du
prétendu « mauvais cholestérol » ou encore les normes extrêmement
extensibles applicables à la densité osseuse ou à la pression sanguine. De
nouvelles valeurs « convenables » sont fixées de manière purement
arbitraire, le plus souvent en référence à des « études » produites par
l’industrie pharmaceutique fabricante. C’est ainsi que de plus en plus de
gens s’écartent des valeurs « de bonne santé » et font leur entrée dans la
catégorie de ceux qui ont besoin d’un traitement, c’est-à-dire des
médicaments ad hoc.

N’est-ce pas merveilleux ? Voilà comment de nouveaux marchés ne cessent de voir le jour.

Le Prozac, en tant qu’inhibiteur sélectif de la capture de la sérotonine
(ISRS), a fortement modifié l’image de la dépression auprès du public.
En dix ans (de la fin des années quatre-vingts au début des années
quatre-vingt-dix), un marché mondial de dix-neuf milliards de dollars a vu
le jour pour les ISRS. Les antidépresseurs s’inscrivaient alors dans l’air
du temps, avec une image positive dans la société, puisqu’ils agissaient
aussi bien en cas de troubles alimentaires, sexuels ou anxieux, qu’en cas
de dépression ou de stress post-traumatique. Leur spectre d’action fut
cependant étendu à vue d’œil à un large champ de troubles légers de
l’état général comme le manque d’initiative ou d’estime de soi. Les
adolescents en prenaient pour soigner leurs peines de cœur, les managers
pour lutter contre l’épuisement et les femmes au foyer délaissées pour
oublier leur frustration. Le Prozac fut promu au rang de « pilule du
bonheur » par la société et les médias en faisaient grand cas. Mais il
apparut clairement au milieu des années quatre-vingt-dix que des
altérations considérables de la personnalité se produisaient sous Prozac
et le rapport entre le Prozac et une multiplication des suicides fut reconnu.
Éric Harris, ce jeune garçon de dix-huit ans qui, en 1999, abattit douze
élèves et un enseignant lors du massacre de la Columbine High School
aux États-Unis, s’était vu prescrire un ISRS. « Chaque fois que
quelqu’un tire autour de lui dans une école, on se rend compte que ces
médicaments étaient en jeu » a déclaré Ann Blake, auteur de Prozac :
Panacea or Pandora ? dans une interview au Daily Express.

Les symptômes de sevrage furent sous-estimés. Aucune leçon n’avaient
manifestement été tirée des problèmes liés à l’arrêt du Valium et des
médicaments surnommés « benzos ». La période de sevrage
s’accompagnait de graves effets secondaires tels que faiblesse,
épuisement, nausées, augmentation de la pression artérielle, vertiges et
nervosité. Après l’arrêt, les patients souffraient d’excitation, de confusion,
d’angoisse et de soudaines crises de panique.
Depuis l’automne 2001, le Prozac n’est plus protégé par son brevet
ce qui a donné lieu à l’arrivée de nombreux génériques sur le marché. Et
voilà que la fluoxétine (le principe actif du Prozac) réapparaît sous la
forme de comprimés tranquillisants pour nos chiens, prescrits avec
empressement sans la moindre critique ! Demandez donc au vétérinaire
qui veut prescrire du Reconcile à votre chien s’il connaît le Prozac. Ou
plutôt non, ne lui demandez rien, car il ne saura (voudra) sûrement pas
vous répondre.

Revenons à Sandrina et à sa guérison. Quand la famille B. me
présente la chienne, elle ne me cache pas son intention de s’en séparer ou
même de la faire euthanasier, même si cette perspective la désespère.
L’espoir d’une amélioration est au plus bas et la famille B. ne peut se
résoudre à maintenir sa chienne en permanence sous pilule psychoactive.
Pourtant, la solution s’avère aussi simple que les antécédents de
Sandrina sont compliqués. Elle consiste à faire passer Sandrina à une
nourriture crue biologiquement appropriée (ou BARF pour Biologically
Appropriate Raw Food). La famille B. a d’emblée pour mission de fuir
tout aliment fabriqué de manière industrielle. En clair : pas de friandises
non plus, ni de gâteaux pour chiens, ni de charcuterie. Rien qui puisse
contenir des additifs de quelque sorte que ce soit. Sandrina mange donc
des os très charnus. Les ronger et les déguster l’occupe pendant des
heures. Et ô surprise, le passage à la viande crue et aux légumes semble
aussi améliorer son état physique. Une fois l’intestin assaini et la flore
intestinale reconstituée, diarrhées et ballonnements disparaissent. Quant à
l’habitude peu appétissante qui consiste à manger sa crotte, elle diminue
sans pour autant cesser complètement.

Pour être honnête, j’ai eu au départ de sérieux doutes et me suis
demandé s’il était encore possible de faire quelque chose pour Sandrina.

C’est au bout de trois mois et après de nombreuses conversations
téléphoniques avec ses maîtres, que je la revois. Comme je l’ai déjà dit,
elle a trouvé sa place au sein de sa famille. Certes, c’est encore une
chienne vive, qui ne tient pas en place, mais elle est capable d’entrer en
contact et de communiquer avec les membres de sa famille. Cette
dernière sait maintenant bien comment s’y prendre avec sa chienne et il
ne viendrait plus à l’idée de personne de s’en séparer ou pire, de la faire
euthanasier. C’est ce qui s’appelle un happy-end de dernière minute !

Mais tous les cas identiques ou similaires ne se résolvent pas toujours
aussi facilement. À cause le plus souvent de l’étroitesse d’esprit du
propriétaire du chien et de sa paresse. En effet, nombre de propriétaires
n’ont pas encore pris conscience du fait qu’une part importante des
troubles du comportement de leur animal est imputable à des erreurs
alimentaires. Comment le pourraient-ils, quand les vétérinaires eux-mêmes
ne veulent ou ne peuvent prendre en compte cette réalité.
En plus d’une mauvaise alimentation et d’une mauvaise éducation, il
existe bien sûr de nombreux facteurs qui peuvent avoir pour effets des
troubles du comportement. Une quantité non négligeable de chiens
(surtout en ville) ne vit pas dans des conditions appropriées. Quand un
chien reste seul, tous les jours, des heures durant, dans un petit
appartement, qu’il n’a pour faire ses besoins que quelques minutes sur le
bitume et que les promenades dignes de ce nom – quand il y en a – n’ont
lieu que le week-end, il ne faut pas s’étonner de le voir présenter des
troubles du comportement. De nos jours, la plupart des chiens n’ont de
surcroît plus rien à faire. Quand les chiens d’autrefois accompagnaient
leur maître à la chasse, à la recherche de traces, ou gardaient les
troupeaux entre autres tâches, ceux d’aujourd’hui n’ont plus, dans les
grandes villes en particulier, la moindre occupation.

Le chien est un animal de meute ; rester seul longtemps n’est pas dans sa nature. Il a un flair extrêmement sensible et une ouïe fine. Réfléchissons une seconde à la quantité d’odeurs et de bruits auxquels nous sommes exposés au
quotidien et à l’effet qu’ils doivent avoir sur le nez et les oreilles sensibles
d’un chien quand, en plus, il est obligé de « végéter » dans l’environnement artificiel d’une grande ville, privés de nature et de liberté. Ces facteurs contribuent sans doute aussi à provoquer des comportements singuliers chez nos chiens. Pour autant, les aliments additionnés de calmants et les psychotropes ne sont sûrement pas la solution. Au lieu de prescrire sans arrêt de nouveaux cachets, notre mission à nous, vétérinaires, devrait être de nous interroger en amont sur ces troubles et de nous consacrer davantage à la prophylaxie en délivrant des conseils judicieux quant à la nourriture et aux conditions de vie

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