Les vétérinaires

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Patrizia Muttoni

Chapitre 6 – TOXIC CROQUETTES
Dr Jutta Ziegle

CHAPITRE 6
LE CALVAIRE D’UN CHATON
QUASIMENT EMPOISONNÉ PAR
LE VÉTÉRINAIRE

De l’usage incontrôlé des antibiotiques, de la cortisone, des
vermifuges en avalanche, etc…

IMAGINONS QUE VOUS AYEZ UN CHATON DE TROIS
MOIS EN pleine forme et que vous remarquiez un jour qu’il a à la tête
une plaie d’environ 1,5 centimètre de diamètre. Cela a l’air d’une
écorchure parfaitement bénigne. Mais comme vous n’êtes pas bien sûr(e)
et que vous voulez en avoir le cœur net, vous consultez un vétérinaire.

Celui-ci examine la plaie et recommande de faire un prélèvement pour
l’envoyer au laboratoire. Le vétérinaire soupçonne une infection cutanée,
une allergie ou un champignon. Jusqu’à l’arrivée des résultats, le
traitement prophylactique pour dix jours est le suivant : comprimés
d’antibiotique (Baytril) contre l’éventuelle infection cutanée, comprimés
contre les champignons (griséofulvine), ainsi que pommade à la cortisone
au cas où, s’il s’avérerait qu’il s’agit d’une allergie. Le tout est accompagné
d’un shampoing médicinal pour le bain. « Comme ça, nous avons paré à
tout, dit le vétérinaire, nous pouvons attendre sereinement les résultats du
prélèvement. Ça fera 130 euros, sans les frais de laboratoire. »

De retour chez vous, vous baignez votre chaton avec le fameux
shampoing, ce qui en soi constitue déjà une tâche presque insurmontable.
Le petit animal se défend de toutes ses forces, il mord et envoie des
coups de griffes autour de lui, si bien que vous ressortez de l’opération
avec quelques belles égratignures. Par nature, les chats ne sont jamais
ravis de se retrouver tout mouillés ; vous êtes désormais en mesure de le
confirmer. Il vous faut en plus donner deux comprimés par jour. Un
comprimé d’antibiotique entier et un quart d’antifongique. Réussir à
mettre des comprimés dans la petite gueule d’un chat n’est pas un jeu
d’enfant. Mais, après quelques ratés – le chaton recrache tout –, vous
finissez quand même par vous montrer plus malin/maligne que lui. Merci
le pâté de foie, les comprimés sont partis ! Au bout de quelques jours,
donner des comprimés n’a plus de secrets pour vous, vous n’êtes jamais
à court d’astuces.

Mais cinq jours plus tard, votre chaton a une allure qui ne vous plaît
plus du tout. Son poil est hérissé et il refuse presque toute nourriture. Le
peu qu’il mange encore, il le vomit aussitôt. Il a en plus une diarrhée
nauséabonde qui se retrouve, non pas dans le petit bac prévu à cet effet,
mais partout dans l’appartement. Vous ne pouvez pas vous fâcher, vous
voyez bien qu’il n’a tout simplement pas le temps d’atteindre ses toilettes
pour chat avant l’arrivée de la diarrhée.

Il ne reste plus rien du petit animal vif et leste d’il y a encore quelques jours. Votre chaton est déjà très affaibli. Ce n’est plus qu’un misérable petit être.

Vous le ramenez bien sûr chez le vétérinaire qui lui fait une transfusion et une piqûre pour stimuler son appétit. Entre-temps, les premiers résultats d’analyse sont
arrivés : aucun indice d’allergie. Jusqu’alors, aucun champignon n’a été
détecté, mais si la culture fongique en cours s’avère positive, vous en
serez immédiatement informé(e). Certains types de champignons mettent
en effet plus longtemps à se développer. Il faudra absolument continuer à
donner tous les comprimés. On fait une piqûre contre la diarrhée à votre
chaton et vous êtes prié(e) de revenir le lendemain s’il ne va pas mieux.
L’addition s’élève cette fois encore à 130 euros, laboratoire compris.

Le jour suivant, loin d’aller mieux, votre chaton va encore plus mal.
C’est avec dans les bras un petit animal gravement malade, tout ébouriffé
et indifférent que vous consultez un autre vétérinaire. Cette fois, votre
choix est plus heureux. Le nouveau vétérinaire vous dit honnêtement que
vous êtes en train, avec les médicaments que vous lui donnez,
d’empoisonner lentement mais sûrement votre chat. Pour lui permettre de
survivre, on lui fait des perfusions hépato-protectrices, car les valeurs
hépatiques sanguines sont très élevées et votre chat est déjà très
déshydraté.

À l’issue du traitement, vous pouvez ramener votre chaton
chez vous, à condition de le forcer à manger et surtout de supprimer tous
les médicaments donnés auparavant. Le vétérinaire vous explique que la
substance active contenue dans l’antifongique (la griséofulvine) peut
endommager gravement le foie et les reins. En lisant la notice, vous
constatez qu’elle met en garde contre une administration à des chatons,
car ces derniers ne peuvent décomposer la substance active qu’au ralenti,
d’où des effets secondaires accrus qui peuvent être entre autres :
nausées, vomissements, diarrhées et dommages au foie. Certains de ces
symptômes vous disent quelque chose.

Quelques jours et plusieurs transfusions plus tard, votre bébé chat va
mieux. La flore intestinale grandement perturbée par les médicaments
(surtout par les antibiotiques) s’est même reconstituée et la diarrhée a
disparu. Quant aux éventuelles séquelles, le vétérinaire ne peut bien sûr
pas se prononcer à l’avance. Il ne reste désormais plus grand-chose de la
petite zone sans poil qui vous avait conduit(e) à consulter. L’analyse finale
encore en attente demandée par le premier vétérinaire ne vous apprend
rien de plus : pas de champignons.

Cet exemple est vraiment extrême, me direz-vous, chers lectrices et
lecteurs. Pourtant, non. Ce cas a bel et bien existé comme je l’ai décrit.
C’est l’exemple type de l’usage couramment fait des médicaments dans
les cabinets vétérinaires. Qu’il faille attribuer ces pratiques au manque
d’assurance qui conduit à parer à toutes les éventualités par crainte de
passer à côté de quoi que ce soit (ce qui est le plus souvent le cas chez
de jeunes confrères) ou qu’il s’agisse de transformer un cas parfaitement
bénin en malade lucratif, ce sont selon moi des fautes professionnelles
grossières dont nos animaux font les frais.

Nous, les vétérinaires, sommes en l’occurrence en bonne compagnie.
Les professionnels de la santé humaine prescrivent eux aussi des
antibiotiques sans nécessité ni contrôle. Voici ce qu’a répondu un
médecin à la « question de la semaine » sélectionnée sur un service
Internet de conseils mis à la disposition des assurés de la caisse régionale
d’assurance maladie de Rhénanie-Palatinat (AOK Clarimedis) :
Le recours rapide à l’antibiotique est souvent inutile. La
plupart des infections banales sont déclenchées par des
virus. Or les antibiotiques n’agissent pas contre les virus !
Beaucoup de patients souffrant d’infections grippales ou de
toux attendent néanmoins de leur médecin qu’il leur « donne
quelque chose ».

Des scientifiques de l’université de Düsseldorf ont découvert, dans le cadre d’une étude réalisée en 2007, que 40 % des formules antibiotiques sont inutiles en cas d’infection des voies respiratoires puisque ce type d’infection peut être combattu par notre propre système immunitaire. La prise incontrôlée d’antibiotiques favorise en
revanche les résistances et perturbe la flore intestinale avec pour conséquence possible la colite associée aux antibiotiques (inflammation de l’intestin déclenchée par des
antibiotiques, NDA).

Regardons de plus près le cas exemplaire de notre chaton. Au lieu de
commencer par attendre de voir comment évolue la zone sans poils, qui
en l’occurrence s’est révélée sans gravité, on place ce pauvre animal sous
une avalanche de produits chimiques. Nous pouvons commencer par
nous demander pour quelle raison un antibiotique a-t-il bien été prescrit ?
Les antibiotiques s’utilisent contre les bactéries pathogènes. Les
infections bactériennes s’accompagnent généralement de fièvre,
d’inflammations, de rougeurs et éventuellement, en fonction de la zone du
corps concernée, de fortes douleurs et d’une atteinte de l’état général.
Or, dans le cas qui nous occupe, aucun de ces symptômes n’était
présent.

La plupart des vétérinaires prescrivent des antibiotiques aux multiples
effets secondaires comme s’il s’agissait de bonbons pour la toux. À la
moindre égratignure, à la moindre modification cutanée, au moindre petit
bobo, on sort la grosse artillerie. Autant dire qu’on cherche à tuer une
mouche avec un bazooka. Autant dire aussi qu’on joue avec la peur du
propriétaire pour son animal :si le chat ou le chien ne prend pas tel ou tel
médicament, ce sera sa faute si son animal ne guérit pas, si son état
s’aggrave, voire s’il meurt. Évidemment, aucune alternative n’est
proposée. Le fait que les antibiotiques soient d’abord très chers, qu’ils
puissent ensuite provoquer des résistances et qu’ils ne soient enfin, et
c’est là l’essentiel, pas exempts d’effets secondaires n’intéresse
visiblement personne.

 Je connais beaucoup de cabinets qui fonctionnent de cette façon, que ce soit entre autres par ma propre expérience en tant qu’assistante ou par les récits que me font de jeunes confrères. Le premier réflexe quand un animal arrive, c’est le duo antibiotique/cortisone. La plupart du temps, le propriétaire rentre aussi à la maison avec ses comprimés d’antibiotique. Les effets de ses prises portent surtout sur la flore intestinale. Les diarrhées qui surviennent à l’issue du traitement ne sont cependant pas mises en relation, le plus souvent, avec la prise de médicaments, mais considérées comme un nouveau tableau clinique à traiter avec encore plus de chimie. Rares sont les vétérinaires auxquels il vient à l’esprit, après une cure antibiotique (quelle fût justifiée ou non), de restaurer la flore intestinale par l’apport de bactéries.

Les médicaments, et en l’occurrence particulièrement les antibiotiques, sont, comme je l’ai dit, très chers. Les frais du vétérinaire, pour l’achat du nombre de comprimés correspondant au besoin d’un chien d’environ trente kilos pour un traitement de dix jours, dépassent soixante euros. Les comprimés en question sont ensuite revendus
presque le double. Les représentants de l’industrie pharmaceutique font étalage de l’augmentation vertigineuse des besoins en antibiotiques et autres médicaments, ainsi que du volume des ventes et du profit qui vont de pair – y compris pour les vétérinaires, bien entendu.

Est-ce à dire que nous, vétérinaires, devrions être fiers de prescrire toujours plus de
médicaments, faisant ainsi en sorte d’accroître non seulement notre
propre chiffre d’affaires, mais aussi celui de l’industrie pharmaceutique ?
Ou bien l’augmentation des besoins est-elle bien réelle ?

Je doute que les besoins réels aient augmenté. Ce qui est bel et bien
en hausse, c’est la fréquence des prescriptions chez les vétérinaires dont
le premier réflexe est souvent de coller des antibiotiques à chaque animal,
qu’il en ait besoin ou pas. Les esprits critiques m’opposeront qu’autrefois
les propriétaires accordaient moins d’importance au suivi médical de
leurs animaux, ce qui explique l’augmentation de la consommation de
médicaments. Il ne fait aucun doute que les consultations sont plus
fréquentes aujourd’hui. Pour autant, on ne peut pas dire que, disons ces
dix dernières années, le comportement des maîtres ait considérablement
évolué quant aux soins apportés à leurs animaux. L’usage et le mésusage
des médicaments lui, si.

Il faut dire que le marché des médicaments vétérinaires est florissant.
Beaucoup de technologies développées pour la santé humaine sont
recyclées dans l’univers animal. La médecine animale est une activité
moins risquée que la santé humaine, car les coûts de recherche et
développement y sont plus faibles et la probabilité de donner naissance à
un nouveau traitement plus élevée.

Selon le SIMV (Syndicat de l’industrie du Médicament et réactif
Vétérinaires), le marché du médicament vétérinaire en 2013 représentait
en France 813 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Ce marché bénéficie du dynamisme du segment des animaux de
compagnie dû à l’investissement croissant des Français dans le bien-être
de leurs compagnons domestiques (39 % de parts de marché) mais aussi
de celui des animaux de rente qui représente plus de la moitié du marché
(56 %) et de celui des chevaux (5 %).

La France est le deuxième marché de santé animale au monde avec
7,5 millions de chiens et 11 millions de chats qui s’ajoutent aux
44 millions d’animaux de rente (bovins, porcs, ovins, caprins),
250 millions de volailles (poulets, dindes, pintades), 29 millions de
canards, 10 millions de lapins, 800 000 chevaux.
La répartition du marché par grandes classes thérapeutiques en
2013 :
− Vaccins 22 %,
− Antiparasitaires 17 %,
− Insecticides 9,9 %,
− Antibiotiques 19 %,
− Produits topiques 8,8 %.
Ces chiffres sont le résultat « positif » de stratégies de vente
déterminées. S’il est sûrement souhaitable dans d’autres branches de
l’économie, ce résultat devient effrayant quand il s’agit de nos animaux
domestiques.

Pour ma part, je ne donne presque aucun comprimé d’antibiotique
dans mon cabinet. Dans les rares cas où il est vraiment nécessaire de
donner un antibiotique, je l’administre par piqûre. Cela fonctionne
parfaitement. Mais l’industrie pharmaceutique, et bien sûr les vétérinaires,
font des bénéfices appréciables avec les comprimés qui à eux seuls
constituent un business lucratif. Un animal malade qui repart avec comme
traitement dix coûteux comprimés rapporte davantage que celui auquel il
est fait une « malheureuse » piqûre.

Par ailleurs, la mentalité des propriétaires d’animaux s’est tellement
calquée sur celle des patients humains qu’on exige aussi du vétérinaire
qu’il « prescrive quelque chose ». Inviter à quitter le cabinet sans poche
de médicaments frise, aux yeux de beaucoup de propriétaires, la
négligence. Aux banalités aussi, il faut leur traitement médicamenteux.
Renvoyer à la maison en engageant simplement à attendre de voir
comment la situation évolue n’est pas bien vu. On réclame des pilules, car
les pilules ça marche pour tout…

Voici un appel au secours typique extrait d’un forum Internet dédié
aux animaux :

« Mon chien (Eurasier ; 10 ans) souffre depuis deux ans d’une
colite (inflammation du gros intestin). Il a pris trop
d’antibiotiques (à cause d’une attaque parasitaire). J’en suis
déjà à mon septième vétérinaire. J’ai déjà testé plusieurs
aliments de régime. Je fréquente en ce moment le centre de
santé vétérinaire de B. Mon chien prend de la cortisone
depuis trois semaines. Son état n’évolue pas pour autant.
Pendant un jour ou deux, sa crotte est normale, puis elle
présente de nouveau des traces de sang ou s’accompagne de
gouttes de sang. Je suis un peu désespérée, je ne sais plus
quoi faire. »

On peut lire sur la toile d’innombrables appels au secours de ce
genre, des cas similaires ne cessent de s’accumuler dans mon cabinet. La
question qui me tracasse de plus en plus consiste à savoir pourquoi mes
consœurs et confrères sont encore si peu nombreux, malheureusement, à
s’inquiéter comme moi de savoir pourquoi certains tableaux cliniques
précis sont de plus en plus fréquents. Le fait que nous, vétérinaires,
puissions être nous-mêmes à l’origine de beaucoup de maux évitables
n’est même pas envisagé.

L’argumentation selon laquelle nos chiens et nos chats vivraient de
plus en plus vieux en raison des « bons soins » vétérinaires ne tient pas.
Comme chez l’homme, l’augmentation de l’espérance de vie est due en
premier lieu à des conditions d’hygiène et à une prise en charge générale
bien meilleures, et seulement en second lieu à de nouvelles avancées
médicales. Hormis quelques rares domaines spécialisés comme la
traumatologie, aucune avancée déterminante n’a été réalisée en ce qui
concerne le traitement des maladies chroniques en médecine humaine
(cancer, rhumatismes, arthrose… pour n’en citer que quelques-unes)
depuis les années soixante-dix. Il en est de même en médecine
vétérinaire. De nouveaux médicaments soi-disant innovants arrivent
certes sans cesse sur le marché, mais en réalité ils ne se distinguent pas,
ou bien peu, de ceux qui existent déjà.

Nos chiens et nos chats vivent peut-être plus longtemps en moyenne
aujourd’hui (à en croire les dernières statistiques), mais il n’est pas moins
vrai qu’ils tombent malades plus tôt et le restent plus longtemps. Quand
j’étais enfant, ma famille a toujours eu des chiens et des chats et je ne me
souviens pas qu’un seul de ces animaux ait souffert d’une maladie
chronique. Les chiens, en particulier, ont tous dépassé l’âge de quinze
ans, et cela sans être malades. Quant aux chats (l’un de mes oncles avait
une grande ferme), soit ils mourraient prématurément, soit ils étaient
victimes de l’une des épidémies qui les touchaient régulièrement, soit ils
vivaient très vieux. Les maladies métaboliques comme le diabète, le
syndrome de Cushing ou les affections articulaires chroniques existaient à
peine.
L’ampleur prise ces vingt dernières années par les tableaux cliniques
chroniques est effrayante. Les esprits critiques avanceront à nouveau
qu’autrefois on ne disposait même pas des tests permettant de
diagnostiquer certaines maladies. C’est évidemment vrai, mais on n’en
avait pas besoin non plus. Ce n’est qu’avec l’énorme augmentation des
cas que les procédures de test se sont affinées, le besoin de méthodes
d’examen toujours plus complexes existant dorénavant. Nous en sommes
arrivés à un point tel que des maladies sont purement et simplement
inventées pour pouvoir vendre les médicaments correspondants.

J’ai eu récemment entre les mains une revue destinée aux médecins vétérinaires
autrichiens (Vet-Journal, édition 05/2010). En lisant le nom de baptême
d’une nouvelle maladie, je n’en ai pas cru mes yeux. Le
« dysfonctionnement cognitif », puisque c’est de lui qu’il s’agit, fait tout
simplement référence au fait que nos animaux domestiques vieillissent et
que, de ce fait, il ne faut plus attendre d’eux, quand ils sont âgés, les
performances physiques et mentales dont ils étaient capables jeunes ou
dans la force de l’âge. Le vieillissement est déjà devenu, chez nos chiens
et nos chats aussi, une maladie à prendre au sérieux. Et la solution existe
désormais sous forme de « fontaine de jouvence pour chiens
vieillissants ».

Cette maladie lourde de conséquences fut découverte, faut-il s’en
étonner, par l’une des entreprises parmi les plus connues de l’industrie
des aliments pour animaux : Nestlé Purina ! La firme prétend avoir
découvert, grâce à des tests, qu’il est intéressant d’ajouter à la nourriture
des chiens vieillissants des triglycérides à chaîne moyenne, censés stopper
le processus de vieillissement à l’œuvre dans leur cerveau. Les chiens
devraient pouvoir bénéficier de ce complément dès l’âge de sept ans.
Naturellement, le groupe propose déjà l’aliment ad hoc. Son nom : Anti-
Âge.

Voici un extrait du fameux article sur lequel je suis tombée :
Nestlé Purina a pu apporter la preuve, dans le cadre de tests cognitifs d’envergure (à savoir tests d’orientation, de curiosité, etc…), que des améliorations considérables sont à
noter dans les domaines suivants chez les chiens prenant des MCT {acides gras à chaîne moyenne) :

1 − « mémoire et capacité à interagir ;
2 − faculté d’adaptation, autonomisation et expérience de
nouvelles instructions ;
3 − durée d’attention et vivacité d’esprit.
Bien que ces résultats demandent à être confirmés par de
nouvelles études, il est tout à fait possible qu’une nourriture
enrichie en MCT ait aussi des ef ets positifs sur les chiens
présentant un dysfonctionnement cognitif léger à modéré. Il
a été démontré qu’Anti-Âge constitue un moyen ef icace
permettant de retarder l’apparition des conséquences
cognitives liées au processus de vieillissement et d’influencer
la qualité de vie dans son ensemble, non seulement du chien
mais aussi de son propriétaire. Pro Plan Senior Original 7 +
avec Anti Âge est la solution nutritionnelle pour tous les
chiens vieillissants pris en charge au sein de votre cabinet
vétérinaire.

Y a-t-il vraiment des confrères qui le croient ? De toute évidence, oui.
Sinon cet article et le produit qui va avec n’existeraient pas. La notion
d’anti-vieillissement parle à beaucoup de gens. Pourquoi ne pas se
remplir les poches en proposant des produits ad hoc destinés aux
animaux domestiques ? Ce qui me touche particulièrement, c’est la
manière dont les vétérinaires se laissent embrigader par de telles idioties
et se transforment en hommes de main de ces grands groupes. Le profit
dicte visiblement sa loi. Nous, vétérinaires, sommes pourtant en première
ligne et il nous appartient de ne pas apporter d’eau au moulin de ces
aberrations et d’éclairer les propriétaires pour en faire des
consommateurs adultes en ce qui concerne le devenir de leurs animaux
familiers.

Comme en médecine humaine, où les tests et les études
pharmacologiques sont réalisés par les entreprises pharmaceutiques elles-mêmes
et peuvent généralement être (et ils le sont) manipulés en fonction
du besoin, il convient de prendre avec des pincettes les tests effectués
par les fabricants de croquettes qui entendent bien vendre leurs produits.
Nestlé Purina, qui a mis sur le marché le produit nommé Anti-Âge, a
constaté grâce à des études soi-disant de grande envergure que « la
durée de vie des chiens pouvait être prolongée de deux ans grâce à des
interventions d’ordre alimentaire, telles que la réduction calorique ». Ah,
bon ! A-t-on désormais besoin de tests pour confirmer « scientifiquement » des faits clairs comme de l’eau de roche ? Le bon sens n’est plus, manifestement, à moins que celui des consommateurs responsables et des vétérinaires pourvus d’esprit critique ne leur soit dénié.

Sommes-nous vraiment à ce point faciles à manipuler – l’article cité
précédemment a bel et bien été publié dans une revue vétérinaire
sérieuse – que nous prenons pour argent comptant de telles sornettes ?
Apparemment oui, car nul produit sans besoin correspondant. En dehors
du fait que l’aliment tant vanté par Nestlé Purina n’est pas biologiquement
approprié, il convient donc de nous persuader, nous vétérinaires, de la
nécessité de donner à de vieux chiens encore plus d’additifs, sous forme
en l’occurrence de triglycérides à chaîne moyenne dont la seule fonction
est de revaloriser un produit sans intérêt. Les fabricants sont, semble-t-il,
conscients de la qualité médiocre de leur marchandise, sinon ils ne
passeraient pas leur temps à créer de nouveaux suppléments pour lui
donner du peps.

Mais revenons aux maladies chroniques qui, c’est regrettable, sont
souvent de « fabrication maison ». Effets secondaires et séquelles à long
terme sont sciemment acceptés au bénéfice d’une amélioration à court
terme des symptômes. Le duo antibiotique/cortisone fait souvent effet
très rapidement, aucun doute là-dessus. Avec la cortisone notamment, on
observe souvent un effet dès le lendemain, en cas de démangeaison par
exemple. Cependant, si la prise se prolonge, l’effet diminue avant de finir
par disparaître.

Quant aux effets secondaires des antibiotiques, ils ne sont pas,
excepté la destruction de la flore intestinale naturelle, aussi graves que
ceux provoqués par d’autres médicaments, même si des allergies peuvent
se produire. L’urticaire (les poils se dressent alors en brosse sur
différentes zones du corps) est la réaction allergique la plus fréquente.

L’asthme, le gonflement douloureux de la tête ou un grave choc
anaphylactique sont plus rares mais peuvent également survenir. Il
convient aussi de rappeler qu’en cas de consommation incontrôlée
d’antibiotiques, des résistances se créent, les bactéries pathogènes quise
sont habituées n’étant plus éliminées. Ces résistances ne cessent de
progresser, si bien que de nouveaux antibiotiques sont en permanence
nécessaires pour obtenir l’effet escompté. Ce problème aussi est de
« fabrication maison » car seul un usage continuel et totalement exagéré
des antibiotiques peut provoquer une augmentation aussi rapide des
résistances.

Venons-en maintenant à la cortisone : tout le monde en a entendu
parler, personne n’en veut vraiment et pourtant, dans les cabinets
vétérinaires, elle compte parmi les médicaments préférés et le plus
souvent prescrits. Comme nous l’avons vu plus haut, elle est
généralement utilisée en première intention chez n’importe quel animal
malade en association avec un antibiotique. Ces derniers temps, on
remplace volontiers la cortisone par des analgésiques (appelés anti-inflammatoires
non stéroïdiens, AINS) qui ne sont pas non plus
dépourvus d’effets secondaires. La cortisone a, à juste titre, la réputation
d’être à l’origine de nombreux effets indésirables. Les préparations de
cortisone avec pour substance active la dexamethasone, la prèdnisolone
et l’hydrocortisone sont des médicaments qui par ailleurs agissent très
rapidement et sont bien tolérés, à condition toutefois d’être utilisés à bon
escient et surtout à court terme.
Le cortisol est une hormone très importante pour notre organisme
qu’il fabrique lui-même dans les surrénales. Sans cortisol nous ne
pourrions pas vivre, nos chiens et nos chats non plus. Il agit sur le
métabolisme des glucides, des graisses et des protéines et le corps en a
besoin pour surmonter le stress. Le fonctionnement des glandes
surrénales est commandé par l’hypophyse, elle-même située dans le
cerveau. Quand il y a trop peu de cortisol dans le sang, l’hypophyse
sécrète des substances qui poussent les surrénales à augmenter leur
production. Si, à l’inverse, il y a trop de cortisol dans le sang, les
surrénales reçoivent pour instruction de diminuer, voire de suspendre la
production de cortisol endogène. Si cette interaction est perturbée, à
cause par exemple d’une tumeur des surrénales elles-mêmes entraînant
une production accrue de cortisol, d’une tumeur de l’hypophyse ou d’un
apport exagéré par l’extérieur (par le vétérinaire) de cortisone, de
nouvelles maladies font leur apparition.
Les interactions entre le taux de cortisol et l’activité des surrénales et
de l’hypophyse sont subtiles et peuvent être facilement perturbées, par
exemple par l’arrivée de cortisone dans le sang. Malheureusement, il est
rarement fait usage de la cortisone avec circonspection. On y a plutôt
recours d’emblée, en première intention et en tant que remède de
prédilection pour n’importe quelle démangeaison, pour la moindre
modification cutanée et pour le plus léger trouble de l’état général. Les
vétérinaires semblent partager cette conviction : il faut un effet rapide, si le
succès n’est pas immédiat, le propriétaire de l’animal pourrait bien être
mécontent.

Tous les animaux allergiques qu’il m’a été donné de voir ces dernières
années et qui ont souvent un long calvaire derrière eux ont reçu, sur une
longue période, un traitement à base de cortisone. Compte tenu de ce qui
est enseigné aux étudiants en médecine vétérinaire, il ne faut pas s’en
étonner. Dans les livres destinés à ces étudiants, les traitements
applicables aux allergies se limitent pour l’essentiel à l’administration
d’antibiotiques et de cortisone.

On s’accommode, semble-t-il, de manière délibérée et sans la
moindre critique des effets indésirables. Ces derniers se manifestent
surtout si le médicament est pris un certain temps (plusieurs semaines). La
cortisone a une action immunosuppressive, ce qui signifie que les
infections peuvent être favorisées. Une fois que le chien a pris du poids,
qu’il perd son poil ou présente une fonte musculaire, quand il ne quitte
plus de la journée sa gamelle d’eau et boit énormément, quand il traînasse
en haletant, alors il est trop tard ! À ce stade, seuls les médicaments à vie
peuvent encore faire effet et ménager à l’animal une existence à peu près
supportable qui n’aura cependant plus grand-chose à voir avec la qualité
de vie d’un chien ou d’un chat en bonne santé.

La chienne teckel Isis fut l’un de ces tristes cas. Stérilisée de bonne
heure, elle fut placée sous traitement permanent à base de prèdnisolone
en raison de démangeaisons persistantes et d’éruptions cutanées. Isis
avait l’air d’un porcelet rose bien nourri et bien gras. Son ventre touchait
presque le sol, on aurait pu compter ses poils clairsemés et sa peau était
mince comme une feuille de papier à cigarette. Elle buvait comme un
chameau et ne faisait que traîner, apathique. L’énoncé de ses antécédents
était lapidaire : « Syndrome de Cushing iatrogène », c’est-à-dire en
français : trouble hormonal déclenché par une faute médicale. La cause
de cette maladie est un dysfonctionnement de l’hypophyse, sa
conséquence une production excessive d’ACTH (hormone du stress).
Le syndrome de Cushing peut évidemment aussi être dû à un
dérèglement, à une tumeur au sein de l’organisme lui-même. On pourrait
a posteriori arriver à savoir combien de cas sont d’origine iatrogène,
mais il n’est pas dans l’intérêt du vétérinaire responsable, bien entendu,
d’admettre son erreur. Il est donc rare que les propriétaires éprouvés
apprennent la vérité. Ils en sont réduits à offrir une existence à peu près
acceptable à leur trésor privé d’une qualité de vie normale. Le fait est que
toute maladie artificiellement provoquée est une maladie de trop.
Les traitements à base de cortisone trop fortement dosée et de trop
longue durée peuvent aussi rendre nos chiens et nos chats diabétiques
(voir à ce sujet le Chapitre 7).
La prescription d’antalgiques se déroule dans le même climat de
confiance. Il est légitime, après une intervention chirurgicale ou en cas de
douleur aiguë, de donner les médicaments appropriés. Mais de nos jours,
on utilise des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) pour n’importe
quel trouble de l’état général, ou presque. L’industrie pharmaceutique fait
preuve d’une grande inventivité en formulant des conseils d’utilisation
pour la moindre futilité : la passivité, la fatigue, l’absence de propreté ou
encore les sautes d’humeur du chat, par exemple. On recommande donc
en première intention et comme remède privilégié un antidouleur courant.
Le fait que ces anti-inflammatoires, utilisés sur de longues périodes,
puissent provoquer de graves effets secondaires (rein, tractus gastrointestinal,
etc…) n’est bien sûr pas évoqué en cabinet. Voilà comment se
renouvelle la cohorte d’animaux consommateurs de médicaments et de
propriétaires payeurs.
Et pendant que l’animal est dans notre cabinet, pourquoi ne pas en
profiter pour lui coller bien d’autres médicaments soi-disant
indispensables, comme les vermifuges ou les anti-puces, etc… à usage
régulier, ce qui nous amène au sujet suivant : les cures dites
prophylactiques.

À en croire les recommandations de l’industrie pharmaceutique, le traitement vermifuge des chiots (avec le Welpan 7 de la firme Bayer, par exemple) devrait commencer dès l’âge de deux semaines et être renouvelée tous les quinze jours. Les jeunes chiens (à
partir de trois mois environ) devraient être vermifugés tous les deux à
trois mois et les chiens adultes d’un an et plus trois à quatre fois par an
(avec le Flubenol de la firme Janssen, par exemple).

Les recommandations sont les mêmes pour les chatons, excepté le fait que les
chats habitués à sortir devraient être vermifugés encore plus souvent. Si
l’on respecte les instructions des notices, un chien adulte aura subi à l’âge
de quinze ans quelque soixante-six cures vermifuges ! Les quantités de
produits chimiques ingurgitées par nos chiens et nos chats tout au long de
leur vie sont inimaginables.

En quoi consiste exactement le traitement vermifuge chimique d’un
animal ? Puisque les vermifuges conventionnels empoisonnent et éliminent
les vers de l’intestin, le poison (un neurotoxique) est logiquement absorbé
aussi par le chien ou le chat et surmène grandement les organes de
détoxification que sont les reins et le foie. Cette surcharge prolongée ne
se contente pas d’endommager les organes, elle peut aussi faire le lit de
l’allergie. J’ai rencontré dans ma pratique de nombreux cas de ce genre,
dans lesquels des allergies s’étaient développées sous les coups de
massue des vermifuges.

Dans mon cabinet, les propriétaires d’animaux allergiques sont mis au
pas et apprennent à tenir leur chien ou leur chat éloigné de tout poison –
quelle qu’en soit la forme. Les cures vermifuges prolongées entraînent en
effet une perturbation, si ce n’est la destruction, de la flore intestinale
naturelle, avec pour conséquence des diarrhées chroniques. Cette
perturbation massive de sa flore rend l’intestin plus susceptible face aux
nouvelles infestations par des vers. Quand la flore intestinale est saine, le
risque est moins grand de voir les vers devenir un problème grave pour
l’animal atteint. En d’autres termes, une flore intestinale saine peut venir à
bout d’une infestation mineure et empêche les vers de se multiplier sans
frein.

Dans la nature, loups et chats sauvages recherchent instinctivement
certains tubercules, certaines herbes et certains extraits de plantes qui
détachent les vers et les évacuent naturellement. C’est évidemment
impossible pour nos animaux domestiques. Ces mélanges de plantes sont
toutefois disponibles à la vente et il est possible de les mêler à la
nourriture ou de les mettre simplement dans la gueule de l’animal ; à
l’inverse des pilules, l’opération se révèle plus facile qu’on pourrait le
penser. Ces cures effectuées régulièrement, deux à trois fois par an, sont
une alternative naturelle et très efficace aux traitements vermifuges
chimiques.

Si l’on nourrit naturellement son chien ou son chat en lui permettant
de manger régulièrement de la viande crue, il y a de toute façon bien
moins de problèmes de vers que lorsque l’animal reçoit une nourriture
purement industrielle. Les bactéries présentes dans la flore intestinale
d’un animal nourri avec de la viande crue sont en effet beaucoup plus
agressives que celles d’un chien ou d’un chat nourri avec un aliment tout
prêt. Les vers ont moins de chance de se sédentariser. Les propriétaires
qui veulent s’assurer que leur animal n’a pas de vers peuvent obtenir une
garantie supplémentaire en faisant réaliser régulièrement de simples
analyses de selles peu coûteuses. Procéder ainsi permettrait d’éviter bien
des produits chimiques et épargnerait beaucoup de surmenage à nos
animaux et à leurs organes. Que cela soit dans les projets de beaucoup
de vétérinaires, je me permets d’en douter, la vente de vermifuges
rapportant beaucoup. Un comprimé vermifuge pour un chien d’environ
dix kilos est vendu 6,50 euros. À raison de quelque cinquante à soixante
traitements vermifuges au cours de la vie du chien, cela revient à
357,50 euros, prix à payer pour des comprimés qui surmènent
grandement son organisme. Si le chien pèse plus de dix petits kilos, la
facture est à l’avenant.
Afin de vendre un maximum de vermifuges faciles à administrer aux
chiens comme aux chats, l’industrie pharmaceutique a eu l’idée d’une
formule qui cartonne : le comprimé vermifuge aromatisé ! Grâce à lui,
finie la lutte souvent pénible dès qu’ils’agit de donner cet antiparasitaire à
son chien ou à son chat. Et quand quelque chose est facile à exécuter, on
y a recours plus souvent…

La même irresponsabilité est malheureusement de mise dans le
domaine des traitements préventifs anti-puces et anti-tiques. Regardons
ce que contient l’une de ces préparations courantes : Frontline Spot-on.
Ce produit est appliqué sur la peau et a un mode d’action systémique, ce
qui signifie qu’il pénètre dans l’organisme. Le principe actif est le fipronil
268,0 mg ; quant aux excipients, ils’agit des antioxydants artificiels E320
(BHA) et E321 (BHT) chimiquement apparentés au phénol des
désinfectants et produits de protection pour le bois. Lors de tests sur
animaux et en éprouvettes, ils’est avéré que l’E320 à forte dose modifiait
le patrimoine génétique, notamment dans les cellules du tractus gastrointestinal.
Des études sur animaux à long terme ont montré que les
excipients E320 et E321 étaient cancérogènes en cas de prise de fortes
doses et provoquaient des cancers de l’estomac et du foie chez la souris.
Ces deux conservateurs sont du reste utilisés dans les aliments Royal
Canin. Quant au fipronil, c’est un neurotoxique qui agit sur le système
nerveux central des insectes et provoque leur mort. Il va sans dire que
ces poisons atteignent non seulement le sang des insectes à combattre,
mais aussi celui des animaux à traiter.

Au sujet des effets indésirables, voici les précisions fournies par la
notice(10) :
Parmi les ef ets secondaires extrêmement rarement
suspectés : des réactions cutanées transitoires au niveau du
site d’application (décoloration de la peau, alopécie locale,
prurit, érythème) ainsi que du prurit général ou une alopécie
ont été rapportés. Exceptionnellement : de l’hyper
salivation, des symptômes neurologiques réversibles
(hyperesthésie, abattement, symptômes nerveux), des
vomissements ou des symptômes respiratoires ont été
observés après utilisation.

Comme mesure de précaution particulière pour l’élimination de
produit non utilisé, il est précisé toujours à propos du fipronil qu’il peut
nuire aux organismes vivant dans l’eau, raison pour laquelle il convient
d’éviter de contaminer les cours et les pièces d’eau avec le produit ou
ses contenants vides.

Cette précision ne vous suffit pas encore ? Qu’à cela ne tienne,
continuons :

Ce produit peut provoquer une irritation des muqueuses et
des yeux. Donc éviter le contact du produit avec la bouche et
les yeux. Il est recommandé que les animaux récemment
traités ne soient pas autorisés à dormir avec les
propriétaires, surtout les enfants. Ne pas fumer, boire ou
manger pendant l’application.

À qui viendrait-il à l’idée de s’infliger cela et de l’infliger à son
animal ?

Il va de soi qu’une infestation par des puces doit être combattue,
mais il existe pour cela d’excellents produits biologiques. Seule une
situation extrême, quand l’infestation devient envahissante et que le
propriétaire est dépassé, justifie d’avoir recours à des produits de ce
type, à ce point toxiques et agressifs. En cas normal, les sprays à base
d’huiles essentielles suffisent amplement. Ce qui vaut pour les vers est
valable ici aussi : chez un animal nourri sainement, une infestation par des
puces ne prend pas la même ampleur que chez un chien ou un chat nourri
de manière industrielle. Chez les animaux nourris naturellement, le
système immunitaire qui a moins souffert se défend mieux, en particulier
en cas d’allergie aux piqûres de puces.

Frontline(11)& Cie se vendent pourtant comme des petits pains dans
la plupart des cabinets vétérinaires. C’est sans avertissement et sans
proposer d’éventuelles alternatives que ces produits hautement toxiques
et coûteux sont vendus au client, en l’occurrence au propriétaire innocent.
Les effets secondaires potentiels ne sont abordés ni dans les cabinets
vétérinaires ni dans les pharmacies qui ne sont pourtant pas autorisées à
délivrer ces préparations sans ordonnance. Or, des effets secondaires se
produisent bien plus souvent qu’on ne l’imagine. Une dernière précision :
en traitement et en prévention, il est recommandé d’appliquer la
préparation tous les mois. La quantité de poison que les animaux doivent
assimiler sans protester est à l’avenant.

Impossible d’évaluer les répercussions d’une utilisation continue sur la
santé des animaux qui nous sont confiés. Dans la plupart des cas, une
seule application au plus fort de la saison des tiques sera sans
conséquences. Mais lorsque des poisons sont administrés en
permanence, ils s’accumulent au fil du temps et entraînent des dommages
à long terme sans que le rapport de cause à effet ne soit établi.

Les cas d’épilepsie d’apparition soudaine, de démangeaisons
permanentes inexpliquées, etc… imputables à l’utilisation de produits
Spot-on de ce genre ne sont pas rares. Un certain nombre m’ont été
présentés dans mon cabinet.

J’ai particulièrement en tête le parcours médical d’un chat nommé Jimmy, car il était issu de l’une des portées de ma propre chatte. Âgé de deux ans environ, Jimmy était sans arrêt infesté par les puces, raison pour laquelle il était régulièrement traité au moyen de préparations Spot-on. Il se mit soudain à faire des crises d’épilepsie :
il commença par baver énormément, puis ilse mit à trembler et enfin tout
son corps fut pris de convulsions. Jimmy fut conduit chez le vétérinaire
qui lui donna un antiépileptique. Le chat et son propriétaire s’en
arrangeaient plutôt bien, sauf que ce dernier n’entendait pas donner à vie
à son animal des médicaments qui le rendaient indifférent et apathique.
Monsieur B., le propriétaire de Jimmy, voulut en savoir plus et alla
consulter un neurologue. Les neurologues adorent ce genre de malades
qui permettent de facturer au maître ou à la maîtresse de coûteux IRM et
scanners. Suspecté d’être atteint d’une tumeur, Jimmy fut anesthésié pour
réaliser une IRM. Aucune tumeur ne fut évidemment détectée chez ce
chat âgé de deux ans seulement et aucune cause ne fut déterminée pour
les crises. Seule solution préconisée à l’issue du coûteux diagnostic
inutile : continuer à donner les comprimés antiépileptiques. Monsieur B.
n’était pas plus avancé. Ce n’est que quelques semaines plus tard que
j’appris cette histoire, quand Monsieur B., découragé, m’appela pour
tout me raconter.

Quand je l’interrogeai sur les médicaments, les cures de vermifuge et
les insecticides administrés avant les crises, il reconnut avoir utilisé tous
les mois une préparation Spot-on sur son chat. Il continuait d’ailleurs
jusqu’à ce jour à administrer régulièrement une ampoule à Jimmy. Nous
avons immédiatement tout laissé tomber : les cures de vermifuge, les
Spot-on. Quant aux médicaments antiépileptiques, leur dose a été
progressivement diminuée avant arrêt complet. Jimmy n’a plus fait de
crise depuis.

En supprimant les poisons de ce genre, il est possible de remédier en
très peu de temps à beaucoup de maux. Seulement, personne n’y pense !
Il arrive souvent que l’épilepsie, maladie de plus en plus souvent
diagnostiquée chez les chiens et les chats, soit la conséquence de coups
de massue chimiques insensés. Dès que nous réalisons à quelles quantités
de neurotoxiques nos animaux domestiques sont exposés par
l’administration mensuelle de Spot-on et autres traitements vermifuges
permanents, le fait que des affections telles que les allergies, l’épilepsie,
les lésions cérébrales, etc… soient en constante augmentation ne peut
plus nous étonner outre mesure.

Voici le récit d’une propriétaire concernée :
J’ai un petit mâle bichon frisé qui s’est mis à faire de fortes
allergies au Frontline (et aussi au Exspot(12)). Durant la
première année, quand nous utilisions Frontline, j’ai
remarqué que le jour même de l’application et un jour ou
deux après, mon chien était très fatigué et que ses yeux
étaient un peu vitreux (comme en cas de fièvre). Nous avons
systématiquement observé des symptômes similaires après le
rappel annuel de vaccination, la deuxième année, je suis
passée à Exspot. Les symptômes ont été les mêmes. La
troisième année, j’ai acheté tantôt Frontline, tantôt Exspot.
Environ deux semaines après l’application de la troisième ou
quatrième dose de la saison, mon petit trésor est carrément
tombé à la renverse (comme en cas d’épilepsie). Le « gentil »
vétérinaire que nous consultions à l’époque a diagnostiqué
une hypertrophie cardiaque, si bien que mon chien a pris
pendant un an des médicaments pour le cœur et des
comprimés drainants. Les crises ont non seulement persisté,
mais sont devenues plus fréquentes et plus fortes (je
continuais à utiliser les anti-tiques). Le nouveau vétérinaire
chez qui je me suis rendue n’a rien trouvé d’anormal côté
cœur et nous a adressés à un spécialiste. Celui-ci a examiné
le cœur au Doppler couleur et tout ce qui s’ensuit. Résultat :
cœur impeccable. Avant d’aller chez ce spécialiste, j’ai
commencé à tenir un journal dans le but de découvrir les
agents déclencheurs des crises et d’établir des parallèles
entre les dates.

C’est alors que je me suis aperçue que toutes les crises sans
exception étaient synchrones avec l’anti-tique (elles
commençaient toujours une à deux semaines plus tard). Mon
chien a fait une nouvelle crise le lendemain de la dose
suivante. Je l’ai emmené chez notre vétérinaire à qui j’ai fait
part de mes soupçons. Il lui a fait une piqûre d’antidote. Je
n’ai plus jamais utilisé ces produits et mon chien n’a plus
jamais fait de crise depuis lors (deux ans et demi). Pour moi,
c’est la preuve que les neurotoxiques n’ont rien à faire dans
la peau d’un chien.

Les chemins de croix de beaucoup de chiens, de chats et de maîtres
sont effrayants et rempliraient plusieurs livres. Parfois, ces calvaires
durent toute la vie de l’animal qui ne recouvre jamais la santé et reste un
malade chronique à l’existence artificielle pour le plus grand bonheur des
vétérinaires et de l’industrie pharmaceutique.

Pour terminer, j’aimerais aborder la question des injections dites
reconstituantes auxquelles ont recours beaucoup de vétérinaires à court
d’idées, histoire le plus souvent de faire quelque chose quand même. Le
propriétaire ne demande pas mieux, pour peu qu’on lui fasse miroiter les
avantages de cette injection. Il est facile de faire croire à peu près
n’importe quoi à un propriétaire de chien ou de chat qui s’inquiète pour
son trésor. Derrière ces injections reconstituantes se cachent le plus
souvent des préparations vitaminiques inutiles, de la cortisone ou d’autres
substances censées stimuler le système immunitaire. Il va de soi que
l’utilisation d’un médicament se justifie en présence de la maladie
correspondante. Mais, en son absence ou lorsqu’une carence en
vitamines est avérée, ce qui est très rare, ces médicaments sont soit sans
effet, soit nuisibles. Les vitamines de synthèse peuvent en effet influencer
très négativement les processus métaboliques. Comme leur nom
l’indique, elles sont fabriquées de façon synthétique, c’est-à-dire
artificielle, et qui plus est à l’aide de bactéries génétiquement modifiées.
Elles ne peuvent en aucun cas se substituer aux vitamines naturelles.
Administrer des vitamines sans se poser de questions est loin d’être
aussi anodin qu’on le suppose communément. L’opinion répandue selon
laquelle « rien de fâcheux ne peut arriver avec des vitamines, si elles ne
font pas effet, au moins elles ne font pas de mal non plus » peut causer
plus de dégâts qu’on ne le croit.

Ces derniers temps, l’attention se concentre sur certains tableaux
cliniques particuliers. Il paraît qu’aujourd’hui presque un chat sur quatre
de plus de treize ans souffre d’hyperthyroïdie. Cette maladie est donc de
en plus souvent diagnostiquée chez les chats âgés. La thyroïde et ses
hormones commandent plusieurs processus métaboliques. En cas
d’hyper-fonctionnement, le plus souvent dû à une tumeur, ce processus
métabolique est accéléré. Le chat qui en souffre est inquiet, perd du
poids alors que son appétit augmente, il a parfois la diarrhée ou vomit et
présente diverses modifications cutanées.

En raison de la fréquence soi-disant augmentée de cette maladie, des
recherches approfondies ont été menées. On a constaté que les chats qui
mangent de la nourriture en boîte avaient trois fois plus de risque de
développer une hyper-thyroïdie. Des concentrations en iode fluctuantes,
le bisphénol A (BPA) présent dans le revêtement des conserves (ce qui
est important du point de vue sanitaire car, même si les polymères finaux
sont dans une large mesure eux-mêmes biologiquement inertes, ils
peuvent le cas échéant libérer la matière première BPA qui, elle, peut
nuire à la santé), les phyto-œstrogènes présents dans le soja, ainsi que
d’autres impuretés organiques ont été envisagés comme agents
déclencheurs (Vet Journal 05/2010, Dr. Florian Zeugswetter).
Le bisphénol A est une substance œstrogène-like (qui mime l’action
des œstrogènes naturels) utilisée par l’industrie chimique pour produire
des matières plastiques spéciales appelées polycarbonates ou résines
époxy. Le polycarbonate est un type de plastique polyvalent et facile à
travailler qui est présent dans de nombreux produits du quotidien. On
trouve du bisphénol A dans les emballages plastiques alimentaires, mais
aussi dans les biberons et dans la vaisselle en plastique, par exemple. On
le retrouve aussi dans les boîtes de conserve et plus précisément dans le
revêtement intérieur en résine époxy.
Le bisphénol A est très controversé, ces temps-ci. Selon le BUND
(Bund für Umwelt und Naturschutz Deuschland, l’Association fédérale
pour l’environnement et la protection de la nature), le bisphénol A peut
porter préjudice au développement cérébral du fœtus, du nourrisson et
de l’enfant en bas âge. Chez l’adulte, les études les plus récentes
apportent la preuve d’un lien entre des taux de bisphénol A élevés dans le
sang et le diabète ou certaines lésions hépatiques et cardiopathies.
L’industrie chimique a produit l’année dernière quelque quatre cent dix
mille tonnes de bisphénol A. Ils’agit d’un marché d’environ trois milliards
d’euros. Les nuisances liées aux bisphénols sont désormais connues. Le
seul point de discorde concerne la dose à partir de laquelle la santé est
menacée et les nouvelles valeurs limites à fixer. Parions que les bases de
ces valeurs seront déterminées en fonction de critères qui n’auront pas
grand-chose à voir avec la santé humaine et vétérinaire…

Et d’ailleurs, même si les valeurs limites sont abaissées, rien ne
garantit l’absence de préjudice. Nous en savons finalement encore bien
peu sur l’effet cumulatif de toutes ces substances toxiques. Dans quelle
mesure peuvent-elles s’accumuler dans le corps en cas d’absorption
constante, si minime soit-elle ? Nous ne le savons pas encore. Mais nous
savons d’ores et déjà que le bisphénol A peut agir dans le corps humain à
la manière d’une hormone et que nourrissons et petits enfants courent de
grands dangers en cas d’absorption de cette substance.

Le fait qu’il ait été estimé qu’un chat sur quatre de plus de treize ans
souffre d’une affection de la thyroïde devrait nous faire réfléchir. Le
bisphénol A n’est sûrement pas seul en cause ; n’oublions pas d’autres
facteurs comme les suppléments de soja contenant des œstrogènes et les
produits chimiques présents par exemple dans les insecticides.

L’organisme du chat en particulier est extrêmement sensible aux
influences perturbatrices. Il est facile de comprendre, compte tenu de
l’arrière-plan décrit précédemment, qu’une surcharge permanente, des
années durant, en substances contenant des hormones peut avoir un effet
dévastateur sur la santé de nos compagnons à pattes de velours. La
flambée des cas d’hyperthyroïdie devrait pour nous inciter à nous poser
quelques questions.

Ma conclusion issue de l’expérience : moins vaut souvent
mieux !

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