La poésie comme je l’aime

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Des fois, j’ai hâte d’être un vieux.
Ils sont bien, les vieux,
on est bon pour eux,
ils sont bien.

Ils ont personne qui les force à travailler;
on veut pas qu’ils se fatiguent.

Même que la plusspart du temps,
on les laisse pas finir leur ouvrage.

On les stoppe, on les interruptionne,
on les retraite fermée.

On leur donne leur appréhension de vieillesse et ils sont en vacances…
Ah! Ils sont bien les vieux!

Et puis, comme ils ont fini de grandir,
ils ont pas besoin de manger tant tellement beaucoup.

Ils ont personne qui les force à manger.

Alors de temps en temps,
ils se croquevillent un petit biscuit
ou bien ils se retartinent du pain
avec du beurre d’arrache-pied,
ou bien ils regardent pousser
leur rhubarbe dans leur soupe…

Ils sont bien…
Jamais ils sont pressés non plus.

Ils ont tout leur bon vieux temps.

Ils ont personne qui les force à aller vite;
ils peuvent mettre des heures et des heures à tergiverser la rue…
Et plus ils sont vieux,
plus on est bon pour eux.

On les laisse même plus marcher…
On les roule…
Et puis d’ailleurs,
ils auraient même pas besoin
de sortir du tout;
ils ont personne qui les attendresse…

Et l’hiver… Ouille, l’hiver!
C’est là qu’ils sont le mieux,
les vieux;
ils ont pas besoin de douzaines
de quatorze soleils…
Non!

On leur donne un foyer, un beau petit
foyer modique qui décrépite,
pour qu’ils se chaufferettes les mitaines…
Ouille, oui l’hiver, ils sont bien.

Ils sont drôlement bien isolés…
Ils ont personne qui les dérange.

Personne pour les empêcher de bercer leur ennuitouflé…
Tranquillement,
ils effeuillettent et revisionnent leur jeunesse rétroactive;
qu’ils oublient à mesure sur leur vieille malcommode…
Ah! Ils sont bien…!

Sur leur guéridon,
par exemple, ils ont une bouteille,
petite, bleue.

Et quand ils ont des maux, les vieux,
des maux qu’ils peuvent pas comprendre, des maux mystères;
alors à la petite cuiller,
ils les endorlotent et les amadouillent…
Ils ont personne qui les garde malades.

Ils ont personne pour les assistés soucieux…
Ils sont drôlement bien…!

Ils ont même pas besoin d’horloge non plus, pour entendre les aiguilles tricoter les secondes…
Ils ont personne qui les empêche d’avoir l’oreillette en dedans, pour écouter leur coeur qui grelinde et qui frilotte, pour écouter leur corps se débattre tout seul…

Ils ont personne qui…

Ils ont personne…

http://legrenierdebibiane.com/trouvailles/textes/Marc_Favreau/crepuscule.htm

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