Sur une petite route les plumes voletaient

La première fois que nous avons emprunté la route qui mène à cet abattoir, il faisait nuit et chaud.

Nous roulions vite, les fenêtres grandes ouvertes et tout d’un coup nous avons pilé net devant une vision que nous n’oublierons jamais : la petite route qui s’ouvrait devant nous était jonchée de plumes blanches.
Des plumes qui tournoyaient sous l’effet du vent, qui dansaient dans la lumière des phares.

C’était si beau.

D’une beauté presque surréaliste.


Beau jusqu’à ce que nous réalisions que ces plumes avaient été arrachées aux petits êtres que l’on mène ici par convois entiers.


Pris au piège d’un destin qu’ils n’ont pas choisi, blessés, entassés dans d’énormes caisses posées sur des camions qui roulent vite pour achever au plus tôt leur sale besogne, le vent arrache par centaines leurs plumes. 


Des plumes qu’il disperse sur la route de la mort. 


Chaque kilomètre de ce dernier voyage vous dépouille de ce qui fait votre individualité, vous transformant en morts-vivants.


Nous avons pensé aux nuages de cendres qui recouvraient les camps d’extermination et les villages aux alentours.


Alors tout s’est mêlé à cet instant là : la beauté, l’odeur putride de la mort, la chaleur des nuits d’été, l’horreur, la détresse, la honte. 


Nous avons arrêté la voiture pour en ramasser quelques unes. 


Des reliques que nous avons mises dans une petit boîte pour ne pas oublier.
Si on ne savait pas, le spectacle aurait été joli.


Si on ne savait pas que dans chacune de ces plumes, se trouve un battement de cœur maintenant éteint. 


Si on ne savait pas que chaque plume est une personne victime du monstre humain et de la barbarie spéciste.


Dans ce petit village de Trambly, où les plumes volent dans le ciel, nous nous sommes demandés comment les gens vivaient avec çà.
Les maisons se ressemblent toutes ici avec, tout autour, des jardins chétifs. Le soir, vers six heures, les rues s’animent quelques instants puis chacun rentre chez soi regarder la télévision en dînant les petits cadavres que leur sert le monstre LDC.
Les effluves de l’abattoir n’empêchent pas ce petit monde de vivre et même de s’y trouver bien. 


Le ciel rempli de plumes et des fumées de l’abattoir est l’histoire de ce village, l’histoire d’un secret étouffant, de la mort qui colle à la peau.
Les plumes mettent en scène les milliers d’êtres disparus sous les couteaux de l’abattoir Palmid’Or qui fait vivre le village, et qui, tels des revenants, réapparaissent sans prévenir dans les rues de Trambly.
Qui réapparaissent pour dire au monde entier qu’il faut assumer la folie, vivre avec ses morts.

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 Photographie : L’une des victimes de l’abattoir Palmid’Or de Trambly, abattoir occupé et bloqué par l’association 269Life Libération Animale le 13 juillet 2017.
Cet abattoir appartenant au géant agro-alimentaire L.D.C. met quotidiennement à mort entre 12.000 et 14.000 canards.

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