Maman l’Ourse 

via Maman l’Ourse 

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Vous avez peut être déjà lu, dans les pages de quelques quotidiens, cette étrange et troublante histoire qui nous venait de Turquie.

Des chasseurs, parcourant une région montagneuse aux abords de Brousse, aperçurent une ourse sur laquelle ils déchargèrent leurs fusils. La bête, quoique blessée, parvint à S’enfuir; Ils la poursuivirent à travers les taillis et la virent finalement s’abattre, exténuée, à proximité d’une grotte.

Et soudain, tandis que les chasseurs faisaient cercle autour du fauve mourant, une fillette d’une dizaine d’années, toute nue et les cheveux épars, surgit de la caverne en poussant des grognements. Elle se jeta sur l’un d’eux, qu’elle griffa et mordit. On réussit à la maîtriser et elle fut ramenée à la ville avec le corps de l’ourse.

Les paysans du voisinage, interrogés, se souvinrent que, quelque sept ou huit ans auparavant, une enfant de douze à quinze mois avait disparu, un jour. On pensa qu’elle avait été dévorée par quelque animal féroce et l’oubli tomba sur ce drame. Mais la découverte de l’enfant sauvage permit de faire un rapprochement entre les deux faits. La dépêche assurait que la fillette, rebelle à toute interrogation, avait été dirigée sur la capitale où des médecins allaient se préoccuper de la réadapter à la vie normale…

Sans doute y éprouveront-ils quelques difficultés, que l’on peut imaginer en songeant que cette enfant est parvenue à ce que nous nommons l’âge de raison, sans avoir connu les habituels soins maternels qui forment au langage articulé les petits d’homme. Aucune des notions, même frustes, qui constituent la formation d’un enfant dans les villages les plus humbles n’ont baigné ses premières années.

Vraisemblablement, cette enfant fut-elle, sinon enlevée, du moins recueillie par  l’ourse qui, prise d’une instinctive pitié devant sa faiblesse, l’abrita dans sa grotte, l’allaita, lui permit de vivre. Et les années passèrent durant lesquelles la petite fille en vint à se nourrir de là chair crue des proies rapportées par sa maman velue, entre les pattes de laquelle elle s’endormait, le soir venu…

Extraordinaire enfance, qui la prépare bien mal à prendre sa place parmi les humains de notre vingtième siècle!… Le temps, sans doute, est un grand maître et quelques semestres permettront probablement aux médecins turcs de faire pénétrer dans cet inculte cerveau ce que l’on est convenu d’appeler « les lumières de la civilisation ». Mais nous attendons ces éducateurs sûrs d’eux-mêmes au moment où, l’enfant ayant été initiée au langage de son nouveau milieu, ils entreprendront de lui expliquer la différence entre les bêtes et les hommes.

— L’homme, lui diront-ils, est une créature douée de raison, d’intelligence et de bonté. Ces facultés, qui le différencient des bêtes, lui ont permis, au cours des âges, de s’élever et de régner en maître sur les autres créatures. Le progrès… 

Mais l’enfant, tandis que ce présomptueux verbiage frappera ses oreilles, se souviendra qu’une de ces méprisables bêtes que l’on dit féroces fut pourtant la douce nourrice qu’elle connut pendant longtemps. Et, le coeur bouleversé, elle reverra ce groupe de chasseurs acharnés à la poursuite de l’ourse blessée.

Ces hommes qui se prétendent si bons et qui, les premiers, lui auront appris ce que sont- les larmes, en tuant sa maman….

 

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