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CETTE VILLE VOUS EST INCONNUE ?  MOI, NON ! CAR C’EST LA VILLE OU JE SUIS NEE .

C’est aussi là que mes parents se sont connus, quelques années avant ma naissance, à un bal du 14 juillet, tous les deux étant d’excellents danseurs. (là, je me suis toujours demandé si l’un d’eux n’aurait pas mieux fait de se casser une jambe ce jour là) mais le destin en avait décidé autrement.

Mon grand-père paternel était le patron d’un hôtel-restaurant « l’hôtel du commerce »(attention hein ! on n’était pas des gueux.) et j’ai gardé beaucoup d’images de ces années passées chez pépé et mémé.

Durant la deuxième guerre mondiale, la ville était occupée par les Allemands et a été libérée par les Américains. Le jour de la libération de la ville, mes grands-parents, mes parents, moi et les quelques clients de l’hôtel étions réunis dans la salle à manger, fenêtres ouvertes pour éviter les projections de verre en cas d’obus explosant tout près et la deuxième consigne qui avait été donnée par les autorités, était de ne jamais aller d’une pièce à l’autre sur nos jambes mais à quatre pattes, ceci pour éviter d’être fauchés par une balle perdue. Inutile de vous dire que la petite fille que j’étais (j’avais 7 ans alors) rigolait sous cape quand je voyais passer devant moi, à 4 pattes mes grands -parents ou encore un client de l’hôtel. Je revois la scène comme si c’était hier.

Je revois aussi, hélas , une autre scène qui ne m’a jamais quitté l’esprit et qui fait partie des choses qui ont forgé les principes qui sont les miens et qui m’ont dicté ma conduite dans différentes circonstances.

La ville est libérée, mais des allemands qui n’avaient pas pu s’enfuir ont été attrapés ça et là par les habitants qui les ont découverts. L’un d’eux, un simple troufion, d’après son uniforme et son képi ,est devant l’hôtel, entouré d’une foule de badauds qui rient, insultent et menacent ; à côté de lui, une charrette non attelée et près d’elle un énorme tas de pierres de toutes dimensions. Le prisonnier à ordre de remplir la charrette mais celle -ci s’incline dès que le chargement est important et la plupart des pierres retombent à l’extérieur. Nouveaux rires, insultes, menaces et l’homme doit recommencer et recommencer encore. Lorsque j’arrive et que je découvre la scène, je comprends que cela doit faire un moment que le prisonnier est occupé à cette tâche idiote car ses mains sont couvertes de sang.

Je ne sais pas ce qui est arrivé après, ma mère est-elle venue me chercher? suis-je rentrée à l’hôtel ne voulant plus voir ce spectacle? toujours est-il que cette image m’est restée gravée dans l’esprit  jusqu’à aujourd’hui. C’est grâce à elle  et surement à bien d’autres situations, que je me suis forgé les principes qui sont les miens et qui m’ont accompagnée tout au long de ma vie à savoir:

1) si un combat doit avoir lieu, qu’il soit fait « à la loyale » c’est-à-dire « un » contre « un »
2) si un homme a mal agi, il doit être puni mais pas par la foule et il est inutile d’ajouter l ‘humiliation  qui ne peut que salir et abaisser ceux qui la pratiquent.
3) lorsqu’arrive le moment de la victoire, ceux qui dans les rues parlent fort, rient et se moquent devraient se demander s’ils en ont vraiment le droit, et pour le savoir, ils n’ont qu’à retourner dans leur passé récent et se rappeler où ils étaient et ce qu’ils ont fait lorsqu’il y avait du danger : faisaient-ils partie de ceux qui ont risqué leur vie pour sauver d’autres vies? ou au contraire, se terraient-ils n’entendant rien, ne voyant rien pour essayer de sauver leur peau ? souvent, ceux qui parlent fort font partie de la deuxième catégorie.

Voila mes chers lecteurs mon coup de gueule d’aujourd’hui. J’avais un abcès dans le coeur depuis très longtemps, il vient de crever, maintenant je me sens mieux.  

 

Yaël (2010)

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La mort.

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(tableau de Vincent Bardou)

Voici un sujet des plus lourds mais qu’il faudrait arrêter d’éluder : LA MORT

 « Quelle bonne idée j’ai eue de vous promettre quelque chose sur un tel sujet d’autant plus difficile à aborder que depuis que le monde est monde il fait peur alors on l’occulte, et on pense que si on ne parle pas de lui, si on le laisse tranquille, il nous oubliera alors qu’on sait très bien qu’un jour viendra où il se rappellera à nous.

 Ce sujet est d’autant plus difficile à aborder que la religion et la philosophie se sont emparées de lui et qu’il existe parmi nous, les lettrés, les croyants, les sceptiques et les autres.

 Je ne me souviens plus quand exactement j’ai commencé à m’intéresser à lui mais je pense que j’avais déjà admis l’existence de l’entité supérieure (D-IEU), ce qui a rendu plus facile ma compréhension et surtout ma façon d’accepter l’inacceptable.

 Bien des questions se posent à commencer par : pourquoi la mort fait-elle si peur puisque très jeune nous savons qu’elle existe, qu’elle nous appellera un jour, qu’elle est inéluctable ?

 Une autre aussi, pas moins importante : puisque nous avons toute la vie pour nous habituer à elle, pourquoi refuser d’y penser pour se retrouver complètement démuni quand elle se présente à nous ?

Et encore, pourquoi tant de gens la maudissent cette vie, prétextant qu’il y a trop d’injustices sur cette terre, qu’ils n’ont  pas de chance, alors que ces mêmes gens tueraient père et mère lors d’une panique afin de se retrouver parmi les survivants ?

 Je crois qu’une des réponses possibles consiste à dire que dans ce dernier cas, c’est notre instinct qui nous pousse à agir sans tenir compte de rien si ce n’est que de survivre, alors que dans la vie de tous les jours, ce qui nous pousse à penser autrement ce sont les douleurs que nous ressentons, soit lorsque nous sommes malades, ou encore lorsque nous perdons un être cher et que nous refusons la séparation d’avec lui, également lorsque nous aimons et que nous voulons que cela dure toujours.

 Alors comment faire pour amoindrir notre peur et notre peine ?

 Des êtres tels que les religieux, les penseurs, les médecins, les psychologues se sont penchés sur ce sujet et je pense qu’il est bon de s’arrêter un instant sur ce qu’ils nous ont laissé comme message pour, à notre tour, essayer de comprendre comment nous pouvons contenir notre peur, et amoindrir notre peine.

 C’est dans les religions et monothéistes et asiatiques que le sujet est soulevé, étudié, expliqué, et que nous dit-on ?

Ø      Que la vie est un passage sur terre

Ø      Que la mort est le dernier acte de la vie

Ø      Que nous vivons une succession de vies et que dans chacune d’elles nous avons quelque chose de spécifique à apprendre et à faire, un peu comme à l’école ou une seule année d’études ne suffit pas pour tout savoir.

Ø      Et que lorsque nous avons fini de revenir, notre corps quitte le cycle des réincarnations, et la parcelle d’éternité qui est en nous part dans des sphères plus élevées, plus célestes.

 Une fois ceci admis comme possible (je n’ai pas dit comme certain), on nous dit aussi que c’est notre âme, seule immortelle,  qui se réincarne à chaque fois et qu’elle est parfaitement consciente de ce que comporte cette nouvelle vie dans laquelle elle va devoir nous aider à agir et nous guider

 On nous explique que même si le nombre de réincarnations de chacun n’est pas connu et n’a pas d’importance pour la suite, il est normal de penser que les premières réincarnations ont lieu dans des vies assez faciles qui ne comportent que quelques épreuves mais que plus on monte dans les paliers, plus elles se compliquent, pour devenir franchement difficiles lorsqu’on arrive à la fin des retours sur terre.

 Si cela est réel, on pourrait comprendre que les beaux, les riches et les heureux en sont à leur début alors que les infirmes, les malheureux, les mal-aimés, sont au bout de leur périple. Ce qui expliquerait  que cette soi-disant injustice qui s’étale sous nos yeux, est uniquement vue par nous comme telle.

 Mais autre chose non moins importante est portée à notre connaissance, c’est que chaque vie qui nous est donnée est accouplée avec une mission qui lui correspond et qui peut être celle d’aimer, de donner, de vaincre, de renoncer, etc., toutes ces choses que nous rencontrons au cours de notre existence et qui, si nous aimons mal, si nous ne donnons pas assez, etc., se retourneront contre nous dans la vie suivante et que nous serons victimes des mêmes méchancetés que celles que nous avons commises dans la vie précédente, ceci afin de comprendre car dans ce genre d’expérience, il n’y a pas de punition seulement des épreuves destinées à comprendre et à s’élever.

 Je dois dire que ceci est le fruit de mes introspections et que cela m’a beaucoup aidée de penser ainsi car en ne trouvant pas à chaque coin de rue une forme d’injustice, en comprenant aussi qu’avec cette vie, il nous a été donné des règles et des armes, j’ai senti que pour en comprendre le maniement, il nous suffit d’en avoir  l’envie , la modestie de ne pas croire qu’on a tout compris, prendre le risque d’aller à  l’aveuglette étant malgré tout guidé par cette fameuse petite voix que l’on entend uniquement si on lui donne la parole et de ne pas prendre pour argent comptant la logique cartésienne.

 Le sujet est loin d’être clos mais si vous avez quelques difficultés pour lire ce que j’ai écrit  qui est assez hermétique, sachez que moi aussi j’ai beaucoup de mal pour exprimer ce que je ressens ainsi que le message que je veux faire passer.

 Et si nous parlions maintenant de ceux qui partent, qui nous quittent, ceux que nous voulons garder encore auprès de nous car nous les aimons.

 La question est : Mais comment les aimons- nous. ?

 1) pas assez pour les voir partir et en être privés, ne pensant qu’à nous, à notre peine,

 2) assez pour les voir partir et savoir que dans bien des cas ils vont arrêter de souffrir, préférant ainsi leur délivrance à notre peine.

 Bien sûr vous me direz et que fais-tu du départ d’un enfant, d’une personne en pleine fleur de l’âge ?

 Je me retourne encore une fois vers les écritures pour porter à votre connaissance ce qui y est dit :

 1) nos vies sont des cycles plus ou moins longs et le fait d’estimer qu’une vie normale est d’au moins 70 ans est une estimation humaine qui n’a rien à voir avec les décisions de l’au-delà.

 2) Il arrive quelque fois que dans une vie précédente, on soit parti plus tôt que prévu, par la faute de l’homme (guerre, meurtre etc…) et on n’avait pas fini de ce l’on devait faire, on revient donc pour cette raison et on repart dès que la boucle est bouclée.

3) Il arrive aussi que dans la vie précédente, on soit responsable de la mort d’un enfant, d’un jeune etc… et dans cette nouvelle vie, on se verra enlevé une personne jeune et aimée pour vivre la douleur qu’on a fait subir à d’autres et ainsi payer sa dette.

 4) Il se pourrait aussi que dans cette nouvelle vie, notre mission soit d’apprendre à pardonner l’impardonnable et par là, de pardonner au meurtrier de notre enfant.

 5) Quant à la maladie elle fait partie des épreuves de la vie et souvent nous la provoquons parce que nous ne respectons pas celle qui nous a été donnée, nous exagérons que ce soit par la nourriture, par la vie effrénée, par des abus de toutes sortes, nos maux étant parfois aussi le résultat d’abus des générations précédentes comme le disait la publicité : les parents boivent, les enfants trinquent.

Pour toutes celles et ceux  qui ont perdu un être cher à un âge avancé ou avant l’âge, je dédie ce poème que j’ai écrit à une personne pour l’aider à faire son deuil.

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ENTRE DEUX MONDES

 Je suis là, ne vois rien mais j’entends

Le bruit des pas, les murmures étouffés,

Où suis-je et surtout depuis quand ?

J’aimerais bien savoir ce qui m’est arrivé.

Hier on m’a parlé, je connaissais la voix

Mais que m’a-t-on dit ? Je ne m’en souviens pas

Et puis, cette odeur qui m’est familière

Qui me rappelle quelqu’un, qui me rappelle ma mère.

Je ne sens pas mon corps,

Il ne me fait plus mal

Aurais-je été victime d’un accident banal ?

Et si cela était, serais-je à l’hôpital ?

Maintenant, je vois un tunnel et au loin,

Une lumière blanche telle un petit point,

Je presse le pas, je voudrais être dehors

Ce pourrait-il que je sois déjà mort ?

Autour de moi on s’active,

On me parle, on m’invective

On me secoue et l’on me crie

De ne pas renoncer, de continuer à vivre.

Mais cette lumière au loin Est plus forte que tout.

Je sais qu’à ce stade, je peux encore choisir

Retourner d’où je viens, ou bien alors partir

Amis, famille vous qui m’aimez,

Ne me retenez pas, laissez-moi m’en aller

Ici j’ai fini mon temps

Ailleurs est ma renaissance

D’en bas me parviennent les derniers petits bruits

Il nous quitte, il s’enfonce

Il ne veut plus lutter, il renonce

Il vient de décéder, il est midi.

Sorti du tunnel je vois une splendeur

Des arbres des couleurs et des fleurs

Et ma mère qui, par sa présence

M’apprend que tout recommence.

C’est donc cela mourir

C’est continuer à vivre

Ailleurs et autrement

Mais bien plus fort qu’avant.

Vivants n’ayez plus peur

Un jour vous partirez

Au bout de ce tunnel vous découvrirez

Que la vie ne s’arrête jamais. (Yaël)

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 Et puis il y a cette fameuse question : Si D-ieu existait il n’y aurait pas autant d’injustice et de malheurs dans le monde. Que penser de cela ?

 Les écritures nous racontent qu’il y avait, à une époque très reculée, deux villes qui s’appelaient Sodome et Gomorrhe que D-ieu voulait rayer du monde du fait du vice et des meurtres qui s’y perpétraient. Seulement dans l’une de ces villes vivaient Loth et sa famille et eux, respectaient  les lois édictées par l’Eternel et il était injuste qu’ils subissent le même sort que les pêcheurs.

 Deux messagers sont envoyés et précisent à Loth qu’il doit sortir de la ville avec tous les siens y compris son troupeau et surtout qu’une fois en route, personne ne doit se retourner quoi qu’il puisse se passer. Malheureusement, la femme de Loth, pour une raison qui n’est pas précisée dans la bible s’est retournée et elle fut immédiatement transformée en statut de sel.

 Ce qui est écrit dans la bible est souvent hermétique et difficile à interpréter autrement que par une personne versée dans cette sorte de récits. Il s’agit aussi souvent de symbole.

 Pour ma part, j’ai compris une chose : Nous avons, et ce depuis notre plus jeune âge, la notion du bien et du mal, de ce qui se fait et ce qui ne doit pas l’être, alors si D-ieu agissait avec nous comme il l’a fait avec la femme de Loth, il pourrait par exemple, nous priver de la parole à chaque fois que nous mentons ou que nous insultons, nous paralyser une main ou un bras à chaque fois que nous nous emparons d’une chose qui ne nous appartient pas mais dans un cas pareil où serait notre libre arbitre ? Ne serions-nous pas des robots tout simplement ? Je ne pense pas que nous aimerions ce genre de vie surtout nous les Français, si épris de liberté, et si peu disciplinés. D-ieu nous a conçus de façon à ce que nous nous sentions responsables, de nous-mêmes, de nos paroles et de nos actes.

 Les malheurs qui touchent tant de gens, partout dans le monde, la faim, les viols, les guerres, les maltraitances, sont le fait de l’homme et de lui seul, ils sont la conséquence, du laxisme des états, de l’égoïsme de tous. Les manifestations et les grèves ne servent à rien car trop utilisées, elles paralysent seulement les pays, elles coutent des millions, or dans nos pays, on manifeste pour protéger des droits acquis ou pour en avoir plus et ceux qui n’ont rien n’ont même pas la possibilité de le faire savoir car ils vivent dans des états totalitaires ou seuls les dirigeants ont le droit à tout.

 Alors plutôt que de se demander si D-ieu existe ou pas, de penser qu’Il est injuste, méchant et belliqueux, pourquoi ne pas se demander ce que nous pourrions faire pour arrêter ces fléaux, pour partager avec ceux qui n’ont rien, pour arrêter de gémir pour rien et surtout….. agir pour réparer ce que certains de nos semblables démolissent.

 Il m’arrive parfois d’imaginer que D-ieu, lorsqu’il voit tout cela, se demande s’il a bien fait de nous donner la vie, et s’il n’aurait pas dû détruire non seulement Sodome et Gomorrhe mais la planète toute entière.

 Maintenant une citation qui étaye mes pensées :

 Blaise Pascal, inventeur de la machine à calculer a écrit en 1654 une apologie de la religion chrétienne appelée «Les pensées» :

Sa défense de la foi y est imparable de logique :

« Si l’homme est dans l’incapacité de prouver l’existence de D-ieu, il lui est plus profitable de croire que de ne pas croire. Seule la seconde solution peut l‘amener à tout perdre si la mort confirme la réalité divine ».

 J’ai toujours pensé ainsi mais je ne savais pas que je rejoignais Blaise Pascal dans ses pensés. Je viens de découvrir cette citation dans la revue « EVENE »

 Je ne sais pas si j’ai raison de vous parler de ce qui va suivre mais qui, à mon avis, fait suite à ce qui vient d’être écrit. Je ne le fais pas par méchanceté mais pour vous expliquer que certains de nos raisonnements sont illogiques et absurdes, et très souvent les protagonistes ne s’en rendent pas compte et partent sur une fausse base, ils se fourvoient tout en pensant qu’ils ont raison.

 Un jour, quelqu’un m’a écrit, répondant ainsi à un de mes articles :

 « Bonjour. Pour moi D-ieu – s’il existe – est injuste, mauvais et belliqueux. On parle toujours des mauvaises actions et de la cruauté du Diable mais lui au moins affiche ses idées si je peux m’exprimer ainsi. Pas vraiment de mauvaise surprises. Tandis qu’avec l’Autre… »

 Si j’analyse ce texte j’y vois de très grosses contradictions :

1)      « Pour moi D-ieu s’il existe  est injuste, mauvais et belliqueux ». Je comprends difficilement comment on peut attribuer des qualités ou des défauts à quelqu’un qu’on ne connaît pas et dont on doute même de l’existence

 2)     « On parle toujours de la cruauté du Diable mais lui au moins affiche ses idées ». Je ne comprends toujours pas comment on peut attribuer des qualités ou des défauts à quelqu’un qu’on ne connaît pas non plus, mais dont on ne nie pas l’existence.et qui est l’opposé du premier.

 Faites bien attention lorsque vous pensez,  de ne pas commettre une erreur comme celle-ci,  car un raisonnement pareil n’a aucune consistance et ne peut en aucun cas servir de base à la plus petite compréhension d’un sujet qui, je le reconnais, est des plus compliqués. Mais là, je peux vous assurer  que la petite voix était absente car sinon elle n’aura pas permis une telle erreur de jugement.

 Surtout, si la personne dont il est question se reconnaît, qu’elle ne m’en veuille pas, j’ai seulement voulu souligner que de bonne foi, on peut dire des choses illogiques sans s’en rendre compte

 Je comprends très bien que si pour celles qui ont déjà fait un certain cheminement dans la matière ce que j’ai écrit à été assez aisé à comprendre, celles qui n’ont toujours pas trouvé leur voie, ont eu bien du mal à saisir la portée de mes propos. Surtout que ces mêmes personnes qui sont pleines de bonne volonté, voudraient bien essayer de comprendre, mais elles ne savent pas à qui s’adresser. On entend tant de chose hélas vraies et contradictoires, sur les sectes, sur les religieux fanatiques qu’on a peur.

 Pendant longtemps j’ai amèrement regretté de n’avoir jamais trouvé sur mon chemin quelqu’un qui m’aurait inspiré suffisamment de confiance pour que je me confie à lui et que je le laisse me guider et j’aurais fini par renoncer si je n’avais pas été guidée par je ne sais quoi.

 Quoi qu’il en soit, ce que je sais, ce que je crois avoir compris c’est à moi seule que je le dois et dans ce domaine comme dans d’autres, j’ai aussi beaucoup « tangoté » et ce n’est que dernièrement, disons ces 10 dernières années, que j’ai eu la sensation d’être sur le chemin qui est le mien, d’avoir fait, sinon tout ce que je devais, du moins tout ce que j’ai pu ;  d’un côté je suis détachée de beaucoup de choses, je ne ressens plus ni peine ni regret, je vis ma petite vie au jour le jour car je n’ai plus besoin de projets, d’un autre côté et grâce à mes blogs et aux connaissances que j’ai faites sur ces sites, je me sens proche de vous toutes, soit parce que vous vivez, d’une certaine façon, ce que j’ai vécu, soit parce que je vous sens désemparées et que je voudrais vous aider mais je sais aussi par expérience, que quelque soit le milieu auquel on appartient, quelque soit l’entourage qui est le nôtre, c’est seule que nous avançons dans la vie vers l’inéluctable, que dans les grands moments de détresse, nous sommes toujours seules, et que l’expérience de chacun n’est pas forcément valable pour les autres mais le fait d’en parler peut peut-être, dans certains cas,  éviter certains faux pas, gagner un peu de temps quand il n’en reste pas beaucoup,

 Portez vous bien, faites attention à vous, prenez de la distance avec certains événements quand vous le pouvez, et surtout,  laissez votre « petite voix » vous parler, elle a de très belles choses à vous dire. Yaël (2015)

HISTOIRE D’UNE BOITE D’ALLUMETTES

La raison de cette histoire vaut la peine d’être contée : Je vis en Côte d’Ivoire et j’ai une amie qui m’entrâine dans un groupe dont le chef n’est autre qu’un superbe noir, gouru de son état. Comme à chaque séance, nous avons droit à un petit exercice à faire à la maison, ceci pour développer tous nos sens qui parait-il sont dans un bien piteux état ; en effet, il parait que si nous voyons, nous ne savons pas regarder.

 

Ce jour là, nous tirons tous un petit papier sur lequel figure le sujet de notre prochain devoir, pour moi : « allumettes » et nous devons en écrire quatre pages.

Arrivée à la maison, j’attrape une boite d’allumettes, je l’ouvre, je jette les petits bâtonnets sur la table mais j’ai beau me décarcasser, impossible d’écrire plus d’une page sur eux .

Mais j’aime les défis et je les relève donc, tout à coup, je me suis dit : et si j’écrivais une histoire »

C’est ce que je vais vous soumettre mais avant vous devez connaitre la chute :
La semaine suivante, nous nous présentons avec notre devoir et arrivé à la lecture du mien j’entends : « c’est pas mal mais ce n’est pas ce que j’ai demandé » (et vlan dans les dents !)

Plus tard je quitterai ce groupe mais deux ans après, je rencontrerai une femme qui venait d’y rentrer quand moi j’en sortais. Nous papotons et elle m’apprend que « Abou » (notre gouru) écrivait très bien et à mes questions elle répond : »oui ! oui ! un jour que nous devions faire un exercice pour développer nos sens il nous a lu une histoire qu’il avait écrite lorsque lui était élève, ceci pour nous expliquer ce qu’il attendait de nous » Et cette histoire parlait de quoi ? « oh ! d’une boite d’allumettes………

Comme quoi les « Gourus » n’en sont pas moins des hommes imparfaits.

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HISTOIRE D’UNE BOITE D’ALLUMETTES

 

Lorsqu’elles s’étaient réveillées elles ne savaient pas trop où elles se trouvaient, ni depuis combien de temps. Il faisait très noir et aucun bruit, aucune odeur ne leur permettait de se situer. Elles s’étaient souvenues pourtant avoir trôné un  certain temps dans la vitrine d’un magasin devant lequel passaient énormément de gens.déplacées plusieurs fois au cours de leur existence, elles avaient découvert à chaque fois, un morceau du décor de leur habitation  provisoire.Une féérie de couleurs et de bruits les avaient tenues éveillées tard jusque dans la nuit après quoi, quelques heures de repos leur avaient été octroyées ; puis, à nouveau, les allées et venues, toutes semblables et pourtant si différentes, remplissaient leur nouvelle journée.

 

Elles se savaient jolies et admirées, car leur enveloppe, c’est-à-dire leur maison, était recouverte d’une jolie publicité qui attirait les regards. Un seul point noir dans tout ceci : Chacune de ces allumettes, dans le secret de son cœur, s’était demandé quel était son destin ? Que devient- on après avoir été exposé ainsi en vitrine ? Dès la naissance elles avaient su que leur rôle consistait à donner de la chaleur, bien souvent de la joie et parfois de la peine mais elles ne savaient pas dans quelles conditions tout ceci se passait.

 

Il y a de cela un certain temps, un pouce et un index velus et mal soignés avaient heurté la boite pour en prendre une autre placée un peu plus loin, une de ces grosses boites dites « familiales » et qui n’ont rien a voir avec l’élégante dont nous contons l’histoire. Très vite, une jolie main soigneusement manucurée l’avait  remise à sa place et la quiétude avait place au vent de panique qui venait de souffler.

 

Enfin un jour, et il ne devait pas y avoir bien longtemps de cela, un homme distingué était entré dans le magasin. La douce main avait pris la boîte, l’avait caressée une dernière fois puis, l’avait tendue à l’homme qui l’avait mise aussitôt dans sa poche.

 

 

 

Dehors, le bruit était intense et la démarche de l’homme saccadée. A un certain moment, il avait semblé monter des marches. Un bruit de clés dans la serrure avait fait comprendre que la fin du voyage approchait. L’homme s’était assis lourdement et avait  failli écraser la boite. Plongeant sa main dans son veston, il l’avait sortie d’une de ses poches et l’avait posée sur un bureau très simple, sur lequel s’entassait une foule de papiers.Puis il avait ouvert la boite. Une des allumettes avait été  attrapée, frottée sur une plaque rugueuse et avait rempli son office avant d’avoir compris à quoi elle avait servi. Plusieurs de ses sœurs avaient subi ce soir là le même sort, puis la boite toute entière avait été jetée dans un tiroir et c’est probablement là qu’elle se trouvait quand ce récit commence.

 

Il semblait pourtant aux survivantes qu’un temps infini s’était  écoulé depuis leur arrivée.Elles se souvenaient encore que, tard dans la nuit, l’homme avait quitté son bureau, des pas lourds s’étaient éloignés, pour se perdre dans le temps et qu’il n’était jamais revenu

 

 

Une clef vient d’être introduite dans la serrure de la porte d’entrée, elles en sont sûres ! De grosses chaussures martèlent le sol. Non !ce n’est pas un rêve, des hommes pénètrent dans la pièce, ils parlent fort, l’un d’entre eux qui semble être le chef donne des ordres et la valse commence. Le bureau est soulevé de terre, il oscille à droite …à gauche……et semble avoir trouvé son équilibre.

Dans le tiroir, la boite, elle aussi, danse non pas un ballet mais une bourrée endiablée, elle se cogne en haut, en bas ; la voilà maintenant coincée au fond du tiroir. Malgré tout ce tumulte, elle se rend compte qu’on lui fait accomplir, à l’envers, le chemin parcouru dans la poche de l’homme. En effet, on descend l’escalier, puis quelques pas sont faits et ensuite on se retrouve dehors. Alors, le bureau s’élève et retombe bruyamment sur ce qui semble être un plancher ; Très vite, quelque chose est posée sur lui, puis autre chose encore, le tout sans tendresse et accompagné de cris et de vociférations.

 

Un moteur se met en marche et là, elle comprend : elle subit un déménagement ; elle se trouve dans un camion, tous les meubles entassés les uns sur les autres et le voyage commence .

 

Combien de temps dura-t-il ce voyage ? nul ne saurait le dire. Il fut très long et très pénible ; d’ailleurs tout le monde se plaignait : une chaise perdit un pied et son cri indiqua à quel point elle souffrait. La table étouffait littéralement sous le tas d’objets posé sur elle. Les ressorts du lit grinçaient de douleur et menaçaient de céder à chaque tour de roue. Même le moteur qui chantait en partant, haletait maintenant.

 

Les freins grincent ……. Les roues patinent………. Serait-on arrivé enfin ou est-ce encore une halte ? non ! les hommes descendent, les portes s’ouvrent et un vent froid s’engouffre dans le camion. La même comédie recommence, on est élevé, abaissé, transporté, heurté.

 

On doit être très loin de la ville car, à part le bruit fait par les hommes, tout n’est que silence. Un silence glacé.

Le bureau le premier commente ce qu’il voit : la neige partout, la montagne tout autour et au fond, une sorte de chalet qui semble abandonné. C’est là qu’on les conduits.

 

Chacun se remet, comme il peut ,de ses émotions tout étonné de ce silence car depuis que les hommes sont repartis, tout est calme, hormis le vent qui souffle à pierre fendre et s’engouffre dans le logis par les fissures que le temps a creusées.

 

Des mois vont passer, mois de calme, de froidure et de tristesse. Tous les meubles qui sont là ont été abandonnés et si quelqu’un entrait brusquement, cette humidité qu’il découvrirait çà et là, c’est autant de larmes que les meubles ont versées.

 

Notre boite d’allumettes est la moins malheureusement car le bureau solide la protège du froid. Mais il est triste de savoir qu’on est là pour donner la lumière et la chaleur et qu’on se meurt doucement de peur et de froid.

 

Parfois, un drôle de bruit troue le silence. On dirait un moteur très haut dans le ciel. Existe-t-il des engins qui volent ? on en parle mais…. est-ce vrai ?  et quel est donc ce bruit qui vient juste après le passage du soit-disant « avion » ? une explosion qui fait trembler les murs et les montagnes qui retiennent ce bruit ;   plus personne ne nous parle dit le lit, nous ne sommes plus au courant de rien mais moi qui suis vieux, je peux vous dire que j’ai déjà connu cela, ça s’appelle « guerre » et c’est « terrible  » .

 

Une nuit plus froide que les autres, un gémissement fut perçu tout près de la porte. Est-ce une hallucination collective ? non ! une autre plainte a été entendue, quelque chose de lourd s’appuie contre la porte. Celle-ci résiste de toutes ses forces mais il lui en reste si peu qu’elle finit par s’ouvrir pour laisser place à ……… un fantôme. Cette forme qui remue à peine, couverte de neige et de givre et dont seule la bouche semble vivre puisqu’il s’en dégage un peu de fumée, est là , plantée sur le pas de la porte et promène alentours un regard d’aveugle.

 

Chaque élément de la pièce est saisi d’horreur devant ce spectre et pourtant, malgré la panique qui gagne chacun d’eux, il se dégage de l’homme  quelque chose de familier, quelque chose de « déjà vu ».

 

L’homme fait quelques pas, se secoue, ses yeux se mettent à vivre ; il regarde intensément chaque coin, chaque chose et une sorte de sourire nait sur ses lèvres blêmes.Un grand soupir sort de sa poitrine. Il referme la porte, ôte son manteau et va ça et là, posant sa main sur une chaise, caressant le lit. Quand il aperçoit le bureau, son regard s’attendrit, il ouvre lesTiroirs les uns après les autres et quand il découvre la boite d’allumettes,C’est presque pieusement qu’il la prend dans ses doigts gourds Il regarde l’âtre éteint depuis longtemps, il cherche quelque chose et son regard s’arrête sur le tas de fagots qui dort depuis des ans.

 

Grâce au bon feu de bois qui éclaire l’intérieur, c’est la joie et la chaleur qui viennent d’entrer. Les meubles craquent et s’étirent, l’homme se sent mieux, il se sent revivre.

 

Cet homme qui est-il ? un être humain comme les autres et la guerre en a  fait un homme traqué. Poursuivi par les envahisseurs, connaissant trop de secrets, il a dû fuir la ville et ses dernières forces l’ont conduit jusqu’à ce chalet, son chalet, celui de ses ancêtres.

 

Quant à la boite d’allumettes luxueuse ou simple, achetée voici bien longtemps, et jetée dans un tiroir sans faire attention, c’est elle qui a permis que la lumière soit, les nuits les plus sombres, que la chaleur soit , les nuits les plus froides, que l’eau chante dans la bouilloire,que l’odeur du café imprègne toute la pièce.

 

Bien des années ont passé depuis ces événements mais si vous allez un jour dans ce coin de montagne, vous reconnaîtrez facilement ce chalet car au-dessus de la cheminée, trône en son milieu une boite d’allumettes qui semble achetée de la veille tant elle paraît neuve. A l’intérieur, deux allumettes seulement. Elles ont tout vu, elles savent tout. Pourquoi deux ?parce que témoins de choses vécues et très vieilles à présent, si la mémoire  de l’une défaille, l’autre est là pour se souvenir.

L’éclaircie

J’ai beaucoup aimé ce récit que j’ai trouvé sur un mur “facebook” alors je vous l’offre pour que vous en profitiez au moins autant que moi. Yaêl

 Armel Timmerman

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FULGURANCES …

Je devais ma jolie rencontre avec Charlotte à celle, beaucoup moins agréable, d’un vieux clou rouillé avec le pneu avant de sa bicyclette.

La belle avait tout dans ses sacoches. Enfin, presque tout, une bouteille d’eau minérale, des fruits et un paquet de biscuits secs. Prévoyante, elle avait aussi emmené son K-WAY et une serviette-éponge. Mais point de pompe et de rustines dans son fatras ! Le drame !

 Moi, les sacoches, je les avais sous les yeux. Je revenais d’une brocante organisée dans le bourg voisin où j’avais consommé le peu que j’avais gagné. Parfois les brèves de comptoir vous entraînent jusqu’au petit matin. Je garai mon pick-up sur le bas-côté de la route à quelques mètres de ma princesse et de sa petite reine.

À voir sa tignasse blonde hirsute, elle devait être fâchée avec sa brosse. Quant à sa tenue vestimentaire, elle avait manifestement fait l’économie d’un coach. Pensait-elle pouvoir encore grandir pour porter un pull-over aussi large, dont les manches lui cachaient entièrement les mains ? Un chandail si long que son jean en accordéon sur les chevilles paraissait superflu. Même son écharpe, pourtant enroulée plusieurs fois autour du cou, lui arrivait aux genoux. Rien ne la rendait vraiment féminine. Je ne savais lui donner un âge, vingt-cinq ans peut-être, trente tout au plus.

Je me présentai à elle guère mieux fringué, me trimballant une salopette depuis la veille, poisseuse et plus chiffonnée que le visage de la doyenne de mon village. La sauvageonne opéra un recul en me voyant avancer vers elle engoncé dans ma loque. Je l’abordai doucettement, et, d’une voix polie que ma nuit blanche avait éraillée, lui proposai de l’aide. Son beau sourire fut sa seule réponse.

C’est à ce moment-là que je l’ai vue, discrète et sobre qui la soutenait. J’ai cru à une excentricité de mon inconnue tant cette canne ne lui seyait pas. Je me trompais. J’empoignai la bicyclette et la glissai à l’arrière de mon pick-up entre deux meubles abîmés que l’on m’avait confiés pour les restaurer. J’invitai Cendrillon à monter dans mon carrosse. Quelques banalités plus tard, je lui servais un grand bol de chocolat chaud et de la brioche. Je faisais de même le lendemain matin. Et le surlendemain itou… Charlotte n’est jamais repartie et je n’ai jamais réparé sa bicyclette… Merci le clou… !

Il dormait au fond de mon atelier. Je l’avais oublié. Mes cinq chats y avaient élu domicile. Charlotte, qui se frayait un chemin entre les commodes, les bonnetières et autres petits meubles d’époque, s’arrêta net quand elle l’aperçut. Elle s’en approcha, subjuguée, et souleva la bâche qui le recouvrait. Elle posa sa canne contre le mur et repéra une vieille malle au couvercle arrondi qu’elle traîna au plus près de la chose et s’y assit, libérant un nuage de poussière qui me fit sourire. Elle pencha sa tête en arrière et marqua un long silence. Puis, délicatement, posa ses doigts sur les touches blanches et noires. Je n’avais jamais entendu le morceau qu’elle interpréta ce jour-là. Tout ce dont je me rappelle, ce sont les larmes qui coulèrent le long de mes joues. C’était beau, c’était envoûtant, c’était Elle. Charlotte aimait beaucoup Hélène Grimaud, une très grande soliste dont elle disait s’inspirer pour jouer. Quand elle me demanda quelles étaient mes références pianistiques et que je lui répondis Richard Clayderman, elle pouffa !

Mes matous désertèrent l’endroit quelque temps mais y revinrent et finalement s’habituèrent aux sons purs de ce magnifique piano crapaud auquel Charlotte avait redonné vie. Je proposai à ma musicienne de le transporter dans la maison afin qu’elle s’y adonnât librement. Elle refusa. Je n’insistai pas. Lors d’une brocante, je dénichai un tabouret qui remplaça avantageusement son siège de fortune. Jusqu’à récemment, Charlotte enseignait la musique dans deux collèges de la région. Elle donnait aussi des cours particuliers de piano à domicile. Mais elle m’avoua, gênée, avoir tout arrêté, du jour au lendemain. La fatigue, le surmenage et, au bout du bout, une dépression qu’elle n’était pas parvenue à surmonter, avaient eu raison de sa passion. J’entendis bien ses explications mais une question me taraudait : Quel lien pouvait-il y avoir entre son état dépressif et ce léger handicap physique ? Ce léger boitillement ? Je n’en voyais aucun. Je décidai néanmoins de garder pour moi mes doutes…Et mes inquiétudes.

 Charlotte et moi échangions peu de mots, comme si nos regards et nos sourires les suppléaient, nous suffisaient. Je calquais ma vie sur la sienne, évoluais au gré de ses humeurs et de ses envies, sans manifester jamais la moindre lassitude. Dès qu’elle se mettait au piano, je posais ma feuille d’émeri ou mon pinceau pour l’écouter. Je pouvais rester des heures entières à la regarder vivre sa musique. Mais à ce rythme, je pris un tel retard dans mon travail que je dus pendant plusieurs jours me lever aux aurores pour le combler. Parfois Charlotte me rejoignait dans l’atelier. Elle avait jeté son dévolu sur un fauteuil-club. Elle repliait ses jambes contre sa poitrine, les ceinturait avec ses bras et posait son menton dans le creux de ses genoux accolés. Elle restait ainsi statufiée, me gratifiait de son plus beau sourire quand mon regard croisait le sien. Un matin, elle me suivit de peu, enveloppée dans le drap encore tiède de notre lit et s’allongea sur une méridienne décatie. Je ne résistai pas longtemps à ses appels au plaisir qu’elle exprima par des mouvements lascifs de son corps, provoquant le glissement inéluctable du tissu sur sa peau.

Mais tandis que nous nous découvrions dans l’insouciance de notre jeunesse, le temps s’étiola inexorablement, nous projeta dans la dure réalité. Cette réalité que je redoutais tant. Elle prit la forme d’une lettre que nous apporta le facteur, tout sourire. Fébrile, Charlotte l’ouvrit et la lut très vite, comme si elle en connaissait déjà la teneur. Elle me fixa alors et, les yeux embués de larmes, me la tendit, Un seul mot troubla mon esprit, un mot barbare qui m’était inconnu, un mot suffisamment effrayant pour faire naître des perles d’eau sur mon front : Chondrosarcome ! Si la définition du Petit Larousse me laissa encore un peu dans le doute, Charlotte le dissipa sans me ménager, me révélant du coup son terrible secret : Cancer des os ! Pronostic vital engagé. Six mois, un an, deux peut-être… !

Puisque désormais le temps nous était compté, nous décidâmes ensemble de ne pas en perdre, de le remonter à contre-courant. Seulement, quoi que nous fassions, nos efforts communs pour ignorer, disons-le, la mort, la chasser de notre esprit ou l’écarter de notre présent, étaient vains. Chaque mot, chaque geste, chaque regard nous ramenait vers elle. Six mois, un an, deux peut-être, nous décomptions les jours, nous nous torturions. Selon que l’état de santé de Charlotte s’améliorait ou se détériorait, nous repoussions ou avancions l’échéance. Idiotement. La mort nous imposait ses règles, les changeait sans cesse. Nous entrions dans son jeu, en proies faciles que nous devenions. Nous faisions son lit à cette charogne.

Il fallut que notre existence sombrât dans la déraison, jusqu’aux confins de l’inconscience, pour se sortir de son emprise étouffante et destructrice. Une merveilleuse nouvelle, inattendue vint tout bousculer. Un miracle de la vie…La vie elle-même. Reléguée au pied du podium de nos préoccupations, la maladie n’embruma plus nos cerveaux dès lors irrigués par les projets les plus fous. Et si notre première folie fut de croire qu’elle se retirait, alors qu’elle nous accordait juste un répit, la métamorphose de Charlotte suffit à mon bonheur. Elle resplendissait et son sourire illuminait son visage joufflu. Ses seins et son ventre s’arrondissaient généreusement. Même sa cuisse trouée, après avoir entretemps subi une ablation de sa tumeur au fémur, semblait reprendre du muscle. Nos corps inspirés communièrent comme jamais, rivalisant d’adresse et d’ingéniosité tant les rondeurs de Charlotte nous interdisaient les positions classiques du Kâma-Sûtra.

Hormis le crépitement du feu dans la cheminée, Charlotte avait toujours froid, et le tictac monotone de l’horloge, rien ne troubla notre quiétude. Nous lévitions, heureux et apaisés, dans une atmosphère feutrée, invite à la rêverie et à l’abandon de soi. Puis elle s’immisça. D’abord subrepticement, comme si elle voulait nous préserver encore un peu. Mais très vite elle se fit plus insistante et, surtout, elle vint se nicher là où nous ne l’attendions pas. Allongée nue à mon côté, devant le feu moribond, Charlotte sanglotait. J’aurais aimé qu’elle exprimât par ses larmes toute l’émotion provoquée par notre entente charnelle. Mais rien de tel ne transpira de son visage marqué et de son sourire fugace. Non ! À ses gémissements de plaisir, s’étaient soudain mêlés ceux de la douleur. Une douleur intolérable. Et la maladie de rompre la trêve sans préavis, de sortir l’artillerie lourde pour anéantir ce corps naturellement dessiné, sculpté, conçu pour enfanter…

Les clichés montraient un nouveau foyer de destruction du tissu osseux. Récidive. Charlotte, très intuitive, pressentit aussi l’autre nouvelle et posa délicatement ses mains sur son ventre. Ses cris désespérés déchirèrent le silence. Cette fois-là, je revins seul à la maison. Le rez-de-chaussée comptait de nombreuses pièces. Charlotte avait porté son choix sur celle jouxtant notre chambre. Le bleu y dominait, un bleu pastel, très reposant. Au sol, des voitures miniatures aux couleurs chatoyantes attendaient qu’une petite main potelée vînt les faire rouler. Un voile diaphane joliment incrusté des personnages du Petit Prince tombait sur un magnifique berceau en osier que je fis osciller instinctivement tant son immobilité contre nature me bouleversa. Mes doigts tremblants effleurèrent les lunes rieuses d’un mobile musical d’où s’échappèrent quelques notes clandestines. Quand, ouvrant les portes satinées de l’armoire, je découvris sur les étagères les peluches orphelines, les fines brassières tricotées et leurs minuscules chaussons assortis, je fondis en larmes, m’écroulai, écrasé par le chagrin. Le lendemain, les compagnons d’Emmaüs emportèrent le tout, ne laissant derrière eux qu’une pièce exsangue aux murs lacérés. Mes ongles durant la nuit avaient fait leur œuvre expiatoire pour qu’aucune lamelle de papier peint n’y restât collée… On nous le présenta comme la Rolls-Royce du fauteuil roulant ! Manquait plus qu’on nous reprît la canne et consentît une remise ! Manquaient aussi cinq centimètres de largeur à la porte de notre chambre pour que Charlotte pût y entrer avec ! « Tu voudras bien me porter ?» s’était-elle excusée d’une petite voix, le visage ravagé par la tristesse. J’eus alors ce geste tendre, trop peut-être, de lui caresser une joue et de lui sourire. Ce que je pris moi pour de la tendresse, Charlotte y vit un commencement de pitié.

Ce fut notre première dispute. Il y en eut d’autres. Comme ce soir où je la déshabillai dans une pénombre recueillie et lui prodiguai mes caresses sur tout son corps dont je devinais toujours les appels au plaisir, merveilleusement incarnés par le durcissement flatteur des pointes de ses seins. Je commis la maladresse de glisser mes doigts dans ses cheveux et d’en retirer une pleine touffe. Après avoir traversé la douloureuse épreuve d’une grossesse interrompue, l’autre symbole de sa féminité se brisait. Charlotte éclata en sanglots, m’exhorta de quitter la chambre. Compréhensif, je la laissai à son chagrin et m’isolai dans la salle de bains. J’en sortis quelques instants plus tard, le crâne entièrement rasé, le visage fendu d’un large sourire. Ma tête d’œuf produisit son effet, ma belle me rendit mon sourire au centuple. Mais, très vite, Charlotte sombra, me rejeta complètement. Je veillais cependant à ce qu’elle prît son traitement. Quand survint cette nuit où elle me réveilla brusquement, me dit entendre notre enfant dans la pièce d’à côté. Et de vouloir le prendre dans ses bras pour lui donner le sein. Ce fut moi qui me jetai dans les siens. Comme nous nous perdîmes nous nous retrouvâmes, plus unis, plus forts. Plus réalistes aussi.

Charlotte aborda la question une première fois au petit déjeuner, entre deux bouchées d’un croissant au beurre. Avec un naturel déconcertant. Par la suite, elle me fit d’autres allusions, suivant un cheminement bien précis, prémédité, me préparant avec douceur à cette demande inéluctable. Elle me fit toutefois la promesse de repousser l’échéance jusqu’à l’insoutenable. J’acceptai. Six mois, un an, deux peut-être ? Nous franchîmes le premier palier, éreintés mais vivants. Et puis, comme si notre bonheur « Carpe Diem » les eut stimulées, elles s’installèrent partout dans son corps, insidieuses et perfides, le bouffant de l’intérieur pour mieux lui donner l’illusion de la vie. Après « Chondrosarcome », un autre mot barbare vint un peu plus ébranler mes derniers espoirs : « Métastases ».

Charlotte refusa une nouvelle hospitalisation, connaissant son issue, mais accepta qu’on lui administrât un analgésique en continu. Je l’assistais de plus en plus souvent dans ses fonctions vitales. Elle ne les maîtrisait plus toutes. S’oubliant parfois, elle se taisait jusqu’à ce qu’un réflexe tardif me prît de lui demander si elle voulait satisfaire un besoin naturel ou que l’odeur m’incommodât et m’obligeât à la changer. Je ne la coiffais plus, elle n’en avait plus besoin. Ces insupportables outrages à sa dignité, ajoutés à sa douleur physique inextinguible, lui conférèrent bientôt ce droit au départ. Charlotte tint sa promesse bien au-delà de ce que je pouvais exiger d’elle.

Ce soir-là, à son initiative, nous fîmes l’amour une dernière fois. Charlotte libéra toutes ses forces comme si elle eut voulu que j’immortalise l’instant et garde d’elle le souvenir d’une merveilleuse amante. Respectant à mon tour ma parole, je l’aidai à partir…
… L’image de ses yeux rieurs et de ses lèvres esquissant un sourire quand elle se mit au piano, pour me dire au revoir, me guidèrent dans l’accomplissement de ma propre promesse…

De cette nouvelle j’ai écrit un roman : « L’éclaircie », chez Amazon.fr.

Armel TIMMERMAN – TOUS DROITS RÉSERVÉS – ©

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Souvenir : L’Afrique, un tournant bénéfique dans ma vie

000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000LEJEUNE Nicolas - Village Africain Midi

Comme vous le savez, j’écris à l’aveuglette et je ne sais pas d’avance ce que je vais vous raconter c’est pourquoi je me suis fait un petit plan de travail et à l’aide d’un mot ou deux, je note les événements intéressants ou amusants dont je me souviens, que je vais vous raconter, ensuite je me mets devant mon clavier et ça part tout seul. Le seul problème c’est que j’ai déjà écrit un livre appelé « Une étoile au fond du coeur » que j’ai fait parvenir à certaines d’entre vous et je ne fais ici que répéter, mais différemment, ce que j’ai déjà écrit et je m’en excuse. Alors quand vous savez déjà, zappez !

Vivre en Afrique c’est toute une histoire, c’est atterrir un jour sur un continent dans un pays, dans une ville, dans un quartier ou tout est différent de ce que vous connaissiez jusqu’alors, vos points de repère ne servent plus à rien et quand en plus vous avez, dès votre premier jour, reçu un terrible coup de poing sur le crane dans le ventre et surtout dans le cœur, vous avez encore plus de mal à comprendre ce qui vous arrive et ce que vous avez à faire pour vivre tout simplement.

Je crois que ma grande chance a été d’être complètement paumée, d’avancer à l’aveuglette et seule, guidée seulement par……ma petite voix ? mon instinct ? ma naïveté ? mon grand désir de comprendre ? un peu de tout peut-être.

Trouver du travail c’est facile car même si la Côte d’Ivoire est indépendante depuis 1960, les « petits blancs » ont tout prévus pour continuer à régner en maitre sans que cela se voit. On leur a demandé d’ivoiriser le plus possible les emplois, pas de problème !ils ont créé des postes bidons, qu’ils ont confié aux « bronzés » avec, pour eux un salaire de ministre, (pour les boss des clopinettes), on leur donne du « Monsieur » on va même jusqu’a leur serrer la main et le tour est joué et on peut donc continuer à magouiller en toute tranquillité.

Là où je travaille 3 directeurs : général, administratif, commercial, un chef de vente tout blond, tout rose, Madame Machin à l’export et au télex et plusieurs secrétaires dont je fais partie.

A l’opposé de l’ambiance qui règne en France, ici c’est assez débonnaire et même s’il existe une certaine hiérarchie, les contacts entre les uns et les autres sont amicaux. De plus, étant donné que les femmes sont débarrassées de toute contrainte ménagère car à la maison on a un boy qu’on paie un salaire de misère, qui travaille de 6h du matin jusqu’à …….. on s’invite beaucoup les unes chez les autres pour un apéro, un diner et comme tous les blancs se connaissent cela n’en finit pas et très vite on connaît toute la communauté blanche composée de tous ces gens qui en France seraient noyés dans la masse et ne seraient rien qu’un numéro de sécurité sociale mais qui ici, règnent sur un royaume hypothétique fait de beaucoup de mépris, de suffisance, de malhonnêteté morale et intellectuelle.

C’est aussi pourquoi tout nouvel arrivant est aussitôt pris en charge ; on va lui parler, lui expliquer ce qu’il doit savoir, ce qu’il doit faire pour respecter les règles de vie car il ne faudrait surtout pas changer quoi que ce soit, la machine est bien huilée, elle marche ainsi depuis des décennies et cela doit continuer encore le plus longtemps possible.

Mais c’était compter sans moi et pourtant je n’ai rien voulu ni prémédité mais plus on me parlait plus je m’étonnais de ce que j’entendais, tout ce mépris envers le peuple chez qui on vit, à qui on prend le meilleur, devant qui on étale nos richesses, que l’on traite en inférieur, dont on se moque lors des fameux repas qui réunissent les « grands » de ce petit monde, c’est à qui racontera la dernière bourde de « SON » boy, de « SON » gardien pour bien prouver s’il en est encore besoin que tous ces « singes » sont vraiment cons (donc on a raison de les spolier).

Là, je dois dire un grand merci à tous ces horribles petits français qui m’ont permis de mesurer la force de mes convictions, mais surtout d’avoir la preuve que quand on raisonne avec le cœur, quand on refuse les compromis, quand on résiste aux menaces, guidé tout simplement par sa conscience, le gagnant entre le pot de fer et le pot de terre n’est pas toujours celui qu’on pense. Yaël

ET.

 

En Mai 2018 le thème de notre dossier portera sur «La Cohérence» avec Thierry Janssen. Parmi ses réflexions, il y en a une qui m’a interpellée. J’ai pensé la partager :

« Un jour, j’ai rencontré un sorcier qui m’a posé cette question : « Entre toi et moi, quel est le plus important? » Immédiatement, j’ai pensai «moi», mais j’éprouvai un peu de honte à l’avouer.

Mon hésitation amusa le sorcier, car la réponse qu’il attendait n’était ni «moi» ni «toi». Elle était «et» : le lien.

Il me dit : «C’est le lien qui est important. C’est le lien entre le corps et l’esprit qui fait l’unité de l’être humain. C’est le lien entre les individus qui fait l’unité de l’humanité. C’est le lien entre l’humanité et la Terre qui fait l’unité du monde.»

Ça m’a rappelé cette déclaration de Linus Pauling, lauréat des prix Nobel de chimie et de la paix : «La vie ne réside pas dans les molécules, mais dans les relations qui s’établissent entre elles.»
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J’avoue que si ce sorcier m’avait posé cette question, primo j’aurais été hyper impressionnée , secundo timide comme je suis, j’aurais sûrement répondu «toi»…

Mais quand on y pense comme il faut, ce tout petit mot qui passe souvent inaperçu est plus important que tout! C’est le ciment qui nous relie les uns aux autres. Sans lui tout se disloque!

«Vous et moi», sans «et», serions deux planètes isolées. Impossible de communiquer!

Aux finales, c’est un bel exercice d’humilité. Nous qui nous pensons parfois bien important dans une relation, sans cette toute petite «con-jonction» – moi sans l’autre – je me retrouve bien seule. Ni l’un ni l’autre ne pouvons nous retrouver à la «jonction» de notre relation pour, ensemble, évoluer.

Peu importe que cette relation soit entre moi «et» l’autre, entre mon monde intérieur «et» mon monde extérieur, entre moi «et» la Vie, reconnaître l’importance de la relation, de ce petit «et» qui nous unit alors que tant de choses cherchent à nous diviser, c’est la clé! Au fond, c’est pas sorcier…